Le stress post-traumatique augmente le risque de lupus systémique

Spécialités :
Rhumatologie
Mots clefs :
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Les travaux épidémiologiques ont suggéré un possible lien entre le risque de maladie auto-immune et le syndrome de stress post-traumatique. Jusqu’à présent, les maladies auto-immunes concernées incluaient la polyarthrite rhumatoïde, la thyroïdite auto-immune, les maladies inflammatoires de l’intestin, la sclérose en plaques et le psoriasis. Le lupus systémique (LS) pourrait lui être aussi rejoindre ce groupe. La prévalence de l’anxiété est en effet élevée chez les patients atteints, et le stress et des difficultés émotionnelles sont souvent impliqués dans les poussées évolutives. Qu’ils le soient dans son apparition est moins sûr, les données sur le sujet étant en effet plus rares.

Ce défaut d’informations a motivé la réalisation d’une étude longitudinale menée pendant 24 ans sur une cohorte de près de 55 000 femmes. L’objectif de l’étude était d’établir la présence ou l’absence de lien entre l’exposition à un traumatisme et l’incidence du LS. Les femmes étaient séparées en plusieurs groupes : absence de traumatisme, traumatisme mais sans syndrome de stress post-traumatique, syndrome de stress post-traumatique infraclinique (1-3 symptômes) ou probable syndrome de stress post-traumatique (4 à 7 symptômes). En complément, les auteurs ont pris en compte les facteurs de risque tels que le tabac, l’indice de masse corporelle et la contraception orale pour tenter d’établir leur rôle potentiel. Pendant le suivi, 73 cas de lupus systémique ont été diagnostiqués.

Quel mécanisme sous-jacent ?

Il apparaît ainsi que l’existence d’un probable syndrome de stress post-traumatique est associé à un risque de LS presque 3 fois supérieur à ce qu’il est en l’absence de traumatisme (Hazard Ratio=2,94 ; IC95 % : 1,19 à 7,26). Ce risque semble légèrement atténué par le tabagisme, l’IMC et l’usage d’une contraception orale. L’exposition à un traumatisme, qu’il soit associé ou non à un syndrome de stress post-traumatique, est lui aussi fortement associé à l’incidence du lupus (HR=2,87 ; IC95 % : 1,31 à 6,28). En revanche, le lien entre un syndrome de stress post-traumatique infraclinique et un diagnostic de LS n’atteint pas la signification statistique.

Bien que l’annonce d’un lupus systémique soit, en soi, un traumatisme pour les patients, les auteurs récusent l’hypothèse d’un biais de causalité inverse. La reprise des données en ne conservant que les traumatismes antérieurs au diagnostic fournit le même résultat. Reste à élucider le mécanisme biologique à l’origine de cette association et à déterminer si la prise en charge du stress post-traumatique peut avoir un rôle sur la prévention du LS, voire sur d’autres maladies auto-immunes.

Dr Roseline Péluchon

Roberts AL et coll. Association of trauma and posttraumatic stress disorder with incident systemic lupus erythematosus (SLE) in a longitudinal cohort of women. Arthritis Rheum Accepted Article (20 juillet 2017). doi: 10.1002/art.40222