Le SAOS léger de la femme enceinte accélérerait la croissance fœtale

Le SAOS léger de la femme enceinte accélérerait la croissance fœtale

La prévalence du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) au cours de la grossesse est en constante augmentation à l’échelon mondial. Le ronflement sonore qui est l’un de ses signes les plus révélateurs affecterait jusqu’à une femme enceinte sur trois au cours du dernier trimestre de sa grossesse. Le SAOS, dans un tel contexte, a été associé à des complications qui concernent d’abord la mère (diabète ou troubles hypertensifs). Le fœtus n’est cependant pas à l’abri, avec des effets moins apparents sur sa croissance. Les données de l’expérimentation animale suggèrent que l’hypoxie intermittente chez la mère influe sur le poids à la naissance, tout en favorisant les troubles métaboliques ou l’adiposité du descendant parvenu à l’âge adulte.
Les études réalisées dans l’espèce humaine plaident également en faveur d’un effet néfaste du SAOS maternel sur le fœtus : retard de croissance intra-utérin, scores d’Apgar à la naissance faibles, prématurité ou encore admissions plus fréquentes en unité de soins intensifs en néonatalogie. En revanche, l’association entre SAOS maternel et poids à la naissance est mal documentée, en raison d’études divergentes quant à leurs résultats et leurs méthodologies. De plus, les facteurs de confusion que sont l’obésité maternelle ou les risques propres à chaque grossesse n’ont pas été pris en compte dans ces études.

Une étude de cohorte prospective

Tel n’est pas le cas de l’étude de cohorte prospective de A Telerant et coll. qui échappe à ces critiques puisqu’elle a porté sur 155 femmes enceintes indemnes de toute obésité. Par ailleurs, les grossesses concernées se sont déroulées sans le moindre incident, de sorte que les facteurs de confusion précédemment évoqués n'ont pu influer sur les résultats. Un SAOS léger a été diagnostiqué au 3e trimestre de la grossesse chez 26 d’entre elles (17 %). Le percentile de poids de naissance était plus élevé en cas de SAOS maternel léger, soit 72 % versus 51 % en l'absence de SAOS (p<0,01). Il en a été de même pour la taille et l’épaisseur du triceps mesurés à la naissance chez les enfants nés de mère atteinte d’un SAOS (p=0,02 dans les deux cas de figure). La proportion des nourrissons trop gros pour leur âge était plus élevée dans le groupe des cas, soit 28 % versus 8 % dans celui des témoins (p=0,04).
Ces résultats suggèrent donc qu’un SAOS maternel léger au cours du troisième trimestre de la grossesse pourrait, contrairement à toute attente, accélérer la croissance fœtale. D’autres études sont évidemment nécessaires pour confirmer ce résultat inattendu.


Dr Philippe Tellier

Telerant A et coll. Mild maternal obstructive sleep apnea in non-obese pregnant women and accelerated fetal growth. Sci Rep. 2018 ; 8(1):10768.

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