Le point de la Mayo Clinic sur l’alopécie frontale fibrosante

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L’alopécie frontale fibrosante de la femme a été décrite pour la première fois en 1994. Elle se caractérise par le recul progressif de la ligne fronto-temporale. Ses caractéristiques histopathologiques ne la distinguent pas du lichen plan pilaire, certains la considérant comme une variante topographique de ce dernier. La maladie est assez mal connue et une revue rétrospective de la littérature parue sur le sujet, à partir de 1992, apparaît la bienvenue.
Cette revue a permis d’identifier 148 femmes atteintes d’alopécie frontale fibrosante, de 62 ans d’âge moyen. Quant à l’âge moyen d’apparition des symptômes, il était de 57 ans. La perte des cheveux était frontale chez toutes les femmes sauf une, temporale dans la moitié des cas et occipitale chez 1 femme sur 3. Elle s’accompagnait d’une alopécie des sourcils dans 60 % des cas, plus rarement (9 %) d’une perte des cils. Le système pileux périphérique pouvait aussi être impliqué, notamment les zones axillaires et pubiennes.
Un certain nombre de patientes ont également décrit des signes ayant précédé la maladie : un prurit était présent avant ou pendant la chute des cheveux pour 67 % d’entre elles et 27 % ont signalé une trichodynie (douleur, brûlures ou picotements). Environ 20 % des patientes avaient des antécédents de lichen plan sur d’autres parties du corps ou des muqueuses.
Parmi les patientes qui ont été testées (n=38), plus de 40 % avaient des anticorps antithyroïdiens et 25 % des anticorps antinucléaires ; une hypothyroïdie était présente chez près de la moitié des patientes, soit plus fréquemment que dans les précédents travaux. Enfin, 60 % de ces femmes ont signalé avoir pris un traitement hormonal substitutif.

Un traitement difficile

Les données concernant les traitements (qui étaient très variés, topiques ou administrés par voie orale) sont peu encourageantes, puisque celui-ci ne modifie pas la progression de la maladie dans 42 % des cas, la ralentit dans 31 % des cas et la stabilise dans 26 %, et le temps moyen pour obtenir une rémission est de près de 2 ans. Plus de 40 % des patientes qui parviennent à une stabilisation ont, par la suite, une récidive. Huit sur 10 ayant signalé une stabilisation ou un ralentissement de la maladie ont reçu une association de plusieurs types de traitements, parmi lesquelles un traitement systémique. Notons enfin que les patientes chez qui le traitement n’a pas modifié la progression de l’alopécie étaient légèrement plus âgées au moment de l’apparition de la maladie.

Dr Roseline Péluchon

Imhof RL et coll. : Frontal fibrosing alopecia in women: The Mayo Clinic experience with 148 patients, 1992-2016. Mayo Clin Proc. 2018 ; 93 : 1581-1588.

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