Le poids, une préoccupation importante au cours du cancer du sein

Spécialités :
Oncologie
Mots clefs :

La transformation physique est l’un des effets indésirables des traitements du cancer du sein. Déformations du sein ou mastectomie, lymphœdème, alopécie, fonte musculaire et prise de poids, tous ces changements ne sont pas sans conséquence sur le moral des patientes. Certains travaux ont souligné que la prise de poids et les changements de la composition corporelle seraient même l’un des effets secondaires ayant le plus fort impact psychologique.
Pour en savoir un peu plus sur le vécu de ces femmes, une équipe canadienne a réalisé une enquête, sous forme d’entretiens semi-directifs, auprès de 11 patientes volontaires, âgées de 51 à 82 ans, atteintes d’un cancer du sein de stade I ou II et qui avaient terminé la première phase de leur traitement. Ces patientes exprimaient toutes leur préoccupation au sujet de leur poids. Cinq thèmes ont été identifiés comme illustrant leurs principales inquiétudes au sujet de leur poids dans ce contexte post-traitement d’un cancer du sein.

Des femmes en souffrance

La plupart des participantes reconnaissent que la question de leur poids contribue pour une grande part à leur souffrance psychologique, parfois même qu’il s’agit de la principale cause de cette souffrance et de la perte de leur estime de soi. L’impossibilité de maîtriser leur poids malgré des mesures adaptées ajoute encore à cette détresse.
Les patientes interrogées relatent souvent des antécédents de problèmes de poids, antérieurs au diagnostic de cancer avec des tentatives fréquentes de maîtriser ce poids. Beaucoup décrivent des phases alternées de perte et de reprise de poids tout au long de leur vie. Les auteurs notent avec intérêt que de nombreuses patientes reconnaissent que les préoccupations au sujet de leur poids viennent parfois remplacer celles concernant le diagnostic de cancer. Elles décrivent le stress aigu au moment de l’annonce de leur diagnostic comme éphémère et marginalisé par les autres soucis, tels que la situation financière, les autres complications médicales, l’angoisse de la famille et le travail des soignants. Seules 3 patientes sur les 11 estiment que le souci que leur procure leur cancer place leur poids en arrière-plan.

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Les femmes disent avoir conscience de la nécessité de contrôler leur poids et l’angoisse que cela génère est aggravée par une inquiétude concernant leur incapacité à suivre les conseils de maîtrise de poids qui leur sont donnés et une frustration de voir que leur poids reste élevé malgré leurs efforts. Les notions de honte, de gêne, sont souvent évoquées.
Enfin, les réponses des patientes montrent qu’elles ont intériorisé l’idéal social de minceur, à la fois pour l’apparence et pour des raisons médicales. Elles affirment en effet que personne ne fait pression sur elles pour perdre du poids, que c’est un souhait personnel. Elles ont majoritairement conscience que le surpoids est un facteur de risque de récidive, mais rapportent toutefois des sentiments ambivalents vis-à-vis du corps médical, en s’estimant stigmatisées par leur poids tout en étant très demandeuses de conseil et d’aide pour le maîtriser.

Dr Roseline Péluchon


Pila E. et coll.  The weight is even worse than the cancer”: Exploring weight preoccupation in women treated for breast cancer. Qual Health Res 2018. Publication avancée en ligne. doi: 10.1177/1049732318770403.