Le fœtus est-il un parasite comme les autres ?

Spécialités :
Gynéco-Obstétrique-Fertilité
Mots clefs :
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Le bon déroulement d’une grossesse dépend de la tolérance immunologique du fœtus par la mère. Parmi les nombreux phénomènes biologiques constatés au cours de la gestation, il existe une augmentation de la production des IgE. Ce type d’immunoglobuline est produit par les lymphocytes CD4 de type Th2. Ces cellules médiatrices de l’immunité sont activées lors des infections par des pathogènes extracellulaires, et en particulier lors des infections parasitaires. La polarisation « Th2 » du système immunitaire dans un environnement peu exposé aux infections parasitaires prédispose à certaines pathologies telles que l’allergie, l’asthme ou encore l’eczéma. Si on sait que ces immunoglobulines restent augmentées immédiatement après l’accouchement, il n’y a pas de données disponibles sur la décroissance des IgE et leur évolution à long terme.  La production des IgE augmente au cours de l’enfance pour atteindre un pic en fin d’adolescence, et diminue ensuite progressivement à l’âge adulte, en l’absence d’infection parasitaire chronique. 

Une décroissance des IgE plus lente chez les femmes ayant été enceintes

Afin de connaître l’évolution des taux d’IgE au cours de la vie des femmes, des chercheurs américains ont analysé les données provenant de 2 201 femmes incluses dans une étude conduite en 2005-2006. Tous les sujets avaient entre 15 et 50 ans et vivaient aux Etats-Unis, pays où l’exposition aux parasites est particulièrement faible, ce qui permettait d’étudier plus clairement l’effet de la grossesse sur les IgE. Il était simplement demandé aux patientes si elles avaient déjà été enceintes (les femmes en cours de grossesse étaient exclues). Les auteurs ont trouvé, comme attendu, une corrélation entre l’âge et le taux d’IgE (p=0,0004), avec une décroissance progressive au cours de la vie. Ils ont également mis en évidence une corrélation entre le taux d’IgE et une grossesse antérieure (p=0,036) et l’interaction âge et grossesse antérieure (p=0,0312). Ainsi, la décroissance était moins marquée pour les femmes ayant eu un antécédent de grossesse que chez celles n’ayant jamais été enceintes, de sorte que parmi les femmes les plus âgées, celles n’ayant pas été enceintes avaient un taux d’IgE plus bas.

Un changement de paradigme dans la tolérance immunologique de la grossesse 

 La principale limite de cet article est d’être une étude transversale pour étudier un phénomène évoluant tout au long de la vie. Les résultats mis en avant sont donc avant tout un modèle extrapolé à partir de résultats provenant d’un seul échantillon. De plus, le délai entre la grossesse et le prélèvement, ou encore le nombre de grossesse n’étaient pas étudiés. L’article a surtout l’intérêt de proposer un changement de paradigme dans la façon dont on considère les phénomènes de tolérance au cours de la grossesse. En effet, selon les auteurs, l’évolution des IgE au cours de la vie chez les femmes ayant été enceintes s’apparenterait davantage à celle retrouvée chez les femmes vivant dans des pays endémiques pour les infections parasitaires, même si les concentrations sont dans ce cas-là bien plus élevées. Le phénomène complexe de la tolérance immunologique de la grossesse, longtemps comparé à une transplantation d’organe, pourrait en réalité se rapprocher de la relation hôte-parasite. 

 Dr Alexandre Haroche Rivara AC et Miller EM. Pregnancy and immune stimulation: re-imagining the fetus as parasite to understand age-related immune system changes in US women ». Am J Hum Biol 2017 (16 juillet). doi.org/10.1002/ajhb.23041. Publication avancée en ligne.