L’autoconservation des ovocytes, un enjeu de société

L’autoconservation des ovocytes, un enjeu de société
Alors que 77% des gynécoloques obstétriciens français sont favorables à l'autoconservation des ovocytes, seul 44 députés sur 577 étaient présents le 27 septembre dernier pour voter le dispositif lors du premier examen du projet de loi...

Le projet de loi de bioéthique actuellement examiné par le Parlement prévoit en son article 2 de permettre à toutes les femmes l’autoconservation de leurs ovocytes. Aujourd’hui, une telle pratique n’est accessible qu’aux seules patientes devant subir un traitement risquant d’altérer leur fertilité (chimiothérapie par exemple). Lors du premier examen du texte à l’Assemblée nationale le 27 septembre dernier, les députés présents (44 sur 577) ont adopté par 39 voix pour et cinq contre ce nouveau dispositif. L’autoconservation doit permettre aux femmes de prélever leurs ovocytes pendant leur période de fertilité maximale afin, le cas échéant, de pouvoir accroître leur chance de réaliser un vœu de maternité tardif.

Depuis longtemps, les gynécologues français militent pour que l’autoconservation des ovocytes pour des raisons non médicales soit permise dans notre pays, alors qu’elle l’est dans un nombre croissant d’états dans le monde. Les praticiens considèrent en effet que l’évolution de notre société rend de plus en plus pertinente la possibilité d’une autoconservation des ovocytes, alors que les grossesses tardives sont de plus en plus fréquentes. Ainsi, selon la vice-présidente du Conseil national des gynécologues obstétriciens français, le docteur Joëlle Belaisch-Allart, 77 % des praticiens membres de cette organisation sont favorables à l’autoconservation des ovocytes.

Chantage ?

La brèche ouverte en 2015 par un décret permettant aux donneuses d’ovocytes nullipares la possibilité de conserver pour leur propre usage une partie de leurs gamètes a renforcé la détermination des spécialistes français à faire évoluer la loi, alors que cette mesure a été perçue par beaucoup et notamment par le CNGOF et l’Académie de médecine comme une forme de chantage. L’observation d’un nombre croissant de patientes françaises se rendant à l’étranger pour pouvoir bénéficier de cette option a fini de convaincre de nombreux praticiens. Ainsi, les responsables de la clinique Eugyn de Barcelone avaient révélé lors d’un congrès organisé en 2015 que 56 % des nouvelles demandes reçues par cet établissement émanaient de patientes françaises. Plus récemment, le Professeur André Guérin qui travaille pour le centre Ivi (groupe de cliniques espagnoles spécialisées dans l’assistance médicale à la procréation) a indiqué que les établissements du groupe avaient reçu 730 patientes françaises entre 2014 et 2018, un chiffre qui ne fait que croître. Au total, elles seraient 2 000 à franchir chaque année une de nos frontières pour procéder à la vitrification de leurs ovocytes, pour pouvoir bénéficier d’ovocytes d’une bonne qualité si le hasard de la vie leur offre un jour le bon compagnon (ou la bonne compagne lorsque la PMA pour toutes sera défensivement adoptée) ou si elle souhaite à l'avenir faire naître un enfant seule.
Outre une amélioration certaine des taux de réussite des FIV réalisées après 42 ans, les gynécologues font valoir le faible risque des stimulations ovariennes même répétées, qui n’ont pas d’incidence sur la fertilité ultérieure ou sur les résultats de futures stimulations. Les spécialistes, tels ceux ayant signé en 2017 un rapport sur le sujet pour l’Académie de médecine, notent encore que les résultats de la vitrification ovocytaire apparaissent assez satisfaisants pour que l’espoir offert aux femmes ne puisse pas être considéré comme usurpé.

Une sensibilisation nécessaire

Cependant, certains arguments s’opposent à l’autoconservation et notamment celui du risque obstétrical des grossesses tardives. Pour y répondre, certains spécialistes suggèrent d’imposer dans la loi un âge limite de réimplantation. Pour l’heure, alors qu’existent déjà des restrictions concernant en France l’accès à l’AMP, les parlementaires ont prévu que des barrières soient fixées concernant la prise en charge par la Sécurité sociale (qui pourrait être réservée aux femmes âgées de 28 à 37 ans). Par ailleurs, la loi devrait exclure le secteur privé de l’activité de recueil des ovocytes. Ce choix a été fortement regretté par les représentants des établissements privés, mais aussi par de nombreux spécialistes de l’AMP exerçant dans les hôpitaux publics, qui signalent le fort engorgement de ces derniers.

Des praticiens déplorent en outre que les députés n’aient pas semblé parfaitement prendre conscience de l’importance de ce sujet (comme en témoigne leur faible nombre le jour du vote). Ils militent notamment pour l’organisation de campagnes de sensibilisation des femmes, qui rappelleraient les risques des grossesses tardives et la dégradation de la fertilité avec le temps. « Il est possible de faire de la prévention sans être intrusif ou faire pression pour la parentalité » estime ainsi le docteur Catherine Patrat, médecine biologiste au CECOS de Cochin citée par Le Figaro.


Aurélie Haroche

Rapport de l’Académie de médecine 2017, L’autoconservation des ovocytes

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