Lait et cancer colorectal chez la femme : une étude qui vient du froid

Oncologie - Immunologie

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L’incidence du cancer colorectal (CCR) varie grandement d’une région du globe à l’autre. C’est dans les pays industrialisés, tels la Norvège qu’elle est la plus élevée. Parmi les facteurs pathogéniques, figure le mode de vie et notamment les habitudes alimentaires. A cet égard, la consommation de lait et de produits laitiers semble diminuer le risque de CCR. Certaines méta-analyses ont ainsi établi une association inverse entre ce dernier et les apports journaliers de lait, mais uniquement dans les analyses regroupant les deux sexes. C’est par le biais du calcium que le lait exercerait cet effet bénéfique supposé plus que par l’intermédiaire de l’acide linoléique et la sphyngomyéline. En Europe, les apports de lait per capita sont élevés, plus particulièrement en Norvège, même s’ils ont nettement diminué entre 1989 et 2013.
L’étude de cohorte dite NOWAC (Norwegian Women and Cancer) constituée entre 1991 et 2007 permet d’évaluer de manière prospective le risque de CCR chez la femme en fonction des apports de lait. Ceux-ci ont été estimés au moyen de questionnaires spécifiques de deux façons : (1) estimation répétée (R) au fil du temps (avec des données finales portant sur 47583 femmes) ; (2) consommation basale (B) uniquement, comme dans la plupart des études publiées (avec des données finales portant sur 81 675 femmes).  Les analyses multivariées ont été effectuées avec un ajustement en fonction des facteurs de confusion potentiels, incluant les apports énergétiques.


Une association inverse faible


Une association inverse faible a été ainsi mise en évidence entre consommation de lait et risque de CCR, au moyen de la comparaison de deux groupes, respectivement apports élevés versus faibles ou nuls. Les résultats de l’analyse multivariée ajustée ont été différents en amplitude et en signification statistique selon la façon d’évaluer les apports en lait et la localisation du CCR : (1) cancer du côlon : HR=0,80 (intervalle de confiance à 95%, IC 0,62-1,03 ; p=0,07) (R) et HR=0,81 (IC, 0,64-1,01 ; p=0,03) (B) ; (2) cancer du rectum : HR=0,97 (IC 0,67-1,42, p = 0,92) (R) et HR=0,71 (IC 0,50-1,01, p = 0,03).
Cette étude de cohorte prospective plaide en faveur d’une association inverse mais faible entre les apports en lait et le risque de CCR, en distinguant les localisations rectales et coliques. Il apparaît cependant que ces résultats dépendent de la méthode d’estimation des apports, la mesure simple des apports basaux et la mesure répétée influant notamment sur le degré de signification statistique de l’association, en particulier pour ce qui est du cancer rectal. Cette remarque pourrait expliquer en partie les divergences entre les résultats des études publiées jusqu'ici et les limites des méta-analyses actuelles, d’autant qu’elles portent sur les diverses localisations des CCR en les regroupant ou en les dissociant.


Dr Philippe Tellier


Bakken T et coll.   Milk and risk of colorectal, colon and rectal cancer in the Norwegian Women and Cancer (NOWAC) Cohort Study. Br J Nutr. 2018 ; 119 (11):1274-1285.