L’activité sexuelle, une clé du vieillissement réussi ?

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Bien vieillir est presque devenu une injonction, mais aussi depuis quelques années la base de la gérontologie « sociale ». Le concept du « vieillissement réussi » influence désormais l’organisation des services à la personne, les politiques publiques et la façon dont les personnes âgées elles-mêmes envisagent leur vieillissement. S’il n’existe pas de définition précise du vieillissement réussi, il est souvent décrit comme l’absence de maladie, une bonne forme physique et mentale, une vie sociale active et un sentiment de satisfaction envers sa propre vie.
L’activité sexuelle est toutefois souvent oubliée des définitions du vieillissement réussi. Une vie sexuelle active et épanouie est pourtant reconnue comme un facteur de bien-être psychologique et physique chez les personnes âgées. Pour en savoir plus, une enquête a été menée dans 4 pays européens (Norvège, Belgique, Danemark et Portugal). Près de 2 500 personnes, âgées de 60 à 75 ans, ont répondu à un questionnaire évaluant leur vieillissement, selon un modèle tridimensionnel explorant le champ des relations sociales, la satisfaction générale concernant la vie et enfin l’absence de signes dépressifs. L’enquête permettait aussi d’évaluer le lien entre la conception d’un vieillissement réussi et un changement dans l’intérêt porté à l’activité sexuelle et à son épanouissement.

Les personnes en couple plus satisfaites

Le premier constat est que les femmes estiment plus souvent que les hommes que leur vieillissement est réussi (excepté au Portugal, où il n’existe pas de différence significative entre hommes et femmes). Force est de constater aussi que l’intérêt pour les activités sexuelles décline au fil du temps, chez l’homme et chez la femme, avec toutefois un déclin plus accentué chez cette dernière. Les auteurs remarquent de plus que la sensation de bien vieillir est inversement corrélée à la baisse de l’intérêt pour les activités sexuelles : les personnes rapportant une baisse importante de leur intérêt sont aussi celles qui estiment le moins réussir leur vieillissement. La relation entre ces deux éléments est toutefois modeste.
L’analyse des critères socio-démographiques montre l’importance des caractéristiques personnelles et du style de vie dans l’évaluation du bien-être, plus que l’âge biologique. Notons que les personnes en couple apparaissent plus satisfaites de leur façon de vieillir (sauf en Belgique). Plusieurs mécanismes semblent impliqués dans ce lien, notamment l’augmentation des relations sociales (la réduction de la solitude) et le sentiment de sécurité (assurance de recevoir de l’attention et de l’aide si besoin). En revanche, cela ne semble pas influencer l’intérêt porté à l’activité sexuelle. Le niveau d’études ne paraît pas non plus jouer un rôle crucial.
Pour finir, en se gardant bien de stigmatiser l’absence d’activité sexuelle chez les personnes âgées, les auteurs soulignent le fait que les données indiquent que le maintien de l’intérêt pour cette activité et son épanouissement semblent une des clés du bien vieillir.

Dr Roseline Péluchon

Stulhofer A. et coll. Successful aging and changes in sexual interest and enjoyment among older european men and women. J Sex Med 2018 ; 15 : 1393-1402.

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