La psychose au féminin : une étude descriptive australienne

Spécialités :
Neurologie / Psychiatrie
Mots clefs :
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Nous savons déjà que la psychose est de meilleur pronostic chez les femmes, ce que l’on explique généralement par un âge de début plus tardif de la maladie. Une équipe australienne a tenté d’affiner notre connaissance des différences entre les sexes en matière de pathologie mentale chronique, afin de définir au mieux les besoins des patients. Pour cela, ils ont analysé les données de 1 825 patients (1 087 hommes et 738 femmes) atteints de schizophrénie, de trouble bipolaire ou de troubles schizo-affectifs, soignés dans des centres de consultation publics ou privés. La plupart des patients étaient de sexe masculin, présentant une pathologie chronique évoluant depuis plus de 5 ans (45,6 % des cas). Le diagnostic le plus fréquent a été celui de schizophrénie, touchant la majorité des hommes suivis (56,3 %), mais seulement un tiers des femmes (33,2 %). Les femmes étaient plus souvent atteintes de troubles de l’humeur (24,1 % de troubles bipolaires contre 13 % seulement chez les hommes). Leur pathologie évoluait habituellement sous forme épisodique (66 % des femmes contre 58,4 % des hommes).

Un profil clinique particulier

Les femmes consultant en psychiatre avaient donc un profil clinique assez différent de celui des hommes. Elles avaient également un meilleur fonctionnement social. Elles disposaient en effet de leur propre logement dans 74 % des cas (contre 53 % des hommes) et étaient beaucoup plus souvent inscrites dans une relation stable (67 % contre seulement 27 % des hommes). Les femmes souffrant d’une pathologie évoluant depuis moins de 5 ans avaient d’ailleurs un fonctionnement social proche de celui constaté dans la population générale. Cependant, il n’y avait pas de différence notable en termes d’emploi ou de salaire, en dépit du fait qu’elles étaient plus nombreuses à avoir fait des études (53 % contre 43 % des hommes). Les femmes étaient aussi plus nombreuses à rapporter une stigmatisation en rapport avec leur pathologie (47 % contre 32 %). Les hommes ayant une maladie évoluant depuis moins de 5 ans étaient les plus nombreux à avoir un emploi salarié, mais payé généralement très en dessous du salaire moyen en Australie. Les hommes ayant une maladie évoluant depuis plus de 5 ans avaient les plus grandes difficultés sociales, 15,3 % d’entre eux vivant dans un logement social et 7 % n’ayant pas de domicile fixe.

En plus de permettre de mieux connaître le profil et les besoins des patients, cette étude souligne l’importance d’agir à plus grande échelle pour améliorer la situation sociale des patients souffrant de troubles mentaux. Si les hommes nécessitent un soutien particulier sur le plan social, les femmes subissent de plein fouet la stigmatisation des malades mentaux et sont doublement victimes de discrimination.

Dr Alexandre Haroche   Hanlon MC et coll. Men and women with psychosis and the impact of illness-duration on sex differences: The second Australian national survey of psychosis. Psychiatry Res  2017 ; 256 : 130-143.