La mortalité des femmes par AVC : plus élevée dans les pays où elles ont moins de droits

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Environnement - Mode de vie - Société
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La prévalence des accidents vasculaires cérébraux (AVC) est plus élevée chez les femmes âgées que chez les hommes en raison de leur plus grande longévité, de disparités en matière de prévention et de différences en matière de physiopathologie. Les différences de pronostic des AVC liées au sexe dépendent de multiples facteurs : génétiques, hormonaux, anatomiques, physiologiques, mais aussi de profils de risques et de présentations cliniques différents. Il convient d’y rajouter les inégalités sociales, environnementales et légales. Exploitant les données, standardisées pour l’âge, de la mortalité par AVC de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 2008, une étude ambitieuse s’est penchée sur les liens, pour un pays donné, entre la mortalité par AVC, les droits des femmes et les inégalités entre les sexes. Dans les 176 pays dont les données de santé et le produit intérieur brut (PIB) étaient connus, les taux de mortalité par AVC femme-homme ont été rapprochés de 50 indices, mesurant les droits des femmes, et du Business and the Law 2016 and Gender Inequality Index du rapport du Programme des Nations Unies pour le développement. Fait inquiétant, de telles données ne sont pas disponibles dans 17 pays !

Le rôle des inégalités sociales

Il en ressort que le ratio de mortalité médian par AVC femme-homme est de 0,89 (0,78-1,03). Dans 46 pays (26,1 %), les taux de mortalité des femmes par AVC sont supérieurs à ceux des hommes. Sans surprise, parmi ces pays, 29 (63 %) sont sub-sahariens, suivis de 5 pays d’Asie de l’Est et du Pacifique, de 5 pays d’Europe et d’Asie centrale et de 3 pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord. A l’inverse, les ratios sont moins élevés dans les pays à hauts revenus que dans ceux à revenus intermédiaires. Après ajustement sur le PIB, cette surmortalité féminine apparaît plus étroitement corrélée à 14 indices mesurant certains dénis au droit des femmes : discriminations dans le droit au travail, droit d’ouvrir un compte en banque, inégalité du droit à la propriété, ainsi que sur l’absence de législation sur la violence domestique. De plus, cette surmortalité féminine était encore plus marquée dans les pays dans lesquels les indices d’inégalité femme-homme étaient les plus élevés (r=0,397, p<0,001).

Bien qu’il soit difficile de dresser une relation de causalité stricte à partir d’une telle étude- les maladies cardiovasculaires reconnaissant une multiplicité de facteurs -, les inégalités sociales et la discrimination envers les femmes vont de pair avec une morbidité et une mortalité plus élevées en matière d’AVC, dans un pays donné. Ce constat rejoint celui déjà fait pour les maladies cardiovasculaires en général, dont l’hypertension artérielle. Mais il n’en s’agit pas moins d’un premier pas dans la compréhension de rôle potentiel des inégalités sociales sur la santé des femmes.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Kim YD et coll. Countries with women inequalities have higher stroke mortality. Int J Stroke 2017 ; 12 : 869–874.