La douleur chronique : les femmes l’acceptent et vont de l’avant, les hommes se laissent abattre

La douleur chronique : les femmes l’acceptent et vont de l’avant, les hommes se laissent abattre

Plusieurs études, aux résultats parfois contradictoires, ont établi que les femmes sont plus sujettes et sensibles à la douleur, que la prévalence de la douleur musculo-squelettique chronique est plus élevée chez elles et que la réponse aux traitements antalgiques varie selon le sexe, les femmes recourant à de plus grandes quantités d’antalgiques. Le but de G.S. Rovner et coll. a été d’explorer les différences entre les patients hommes et femmes, afin de mieux comprendre et d’affiner, si nécessaire, diverses approches et stratégies de prise en charge, en matière de rééducation vis-à-vis de la douleur et de ses conséquences.

De 2009 à 2011, dans le cadre du registre national suédois de la douleur, 1 371 patients ont été admis pour des douleurs musculo-squelettiques d’origine non cancéreuse, dans une clinique de rééducation de la douleur. Ils ont rempli un questionnaire socio-démographique et un questionnaire axé sur la douleur en renseignant leur degré d’acceptation de la douleur (CPAQ-8), leur kinésiophobie (peur du mouvement douloureux), l’impact de leur douleur sur leur vie, leur niveau d’anxiété et de dépression, leur appréciation de leur qualité de vie. Parmi ces patients, 68,4 % étaient des femmes (d’âge moyen 45 ans) parmi lesquelles 35 % souffraient de douleurs généralisées ou portant sur plusieurs localisations, alors que 78 % des hommes (d’âge moyen 51 ans) souffraient de douleurs localisées. Au sein de ce groupe de patients hétérogènes, les douleurs évoluaient depuis 8 ans en moyenne, et de façon continue depuis 6 ans. Un quart des participants avait conservé une activité professionnelle à temps plein, un tiers était en arrêt maladie.

Les femmes affrontent la douleur, les hommes la subissent

Cette étude confirme qu’à niveau de douleur ressentie égal, les femmes – rappelons-le, en moyenne plus jeunes que les hommes – craignent moins la douleur et sa prise en charge, qu’elles maintiennent un niveau d’activité plus élevé, une meilleure qualité de vie familiale, sociale et sexuelle, alors que les hommes rapportent une plus grande kinésiophobie, plus de troubles de l’humeur et un moindre niveau d’activité. Elle confirme que plus de femmes que d’hommes s’inscrivent à ces programmes de rééducation de la douleur. Dans le contexte suédois, c’est bien au niveau de l’acceptation de la douleur, de la positivation vis-à-vis de douleur et de la kinésiophobie que la femme l’emporte sur l’homme, deux comportements que l’on peut tenter de modifier par des programmes personnalisés mieux adaptés au sexe du patient. Mais qu’en est-il dans d’autres contextes culturels, comme par exemple la culture méditerranéenne ?

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Rovner GS et coll. Chronic pain and sex-differences; women accept and move, while men feel blue. PLoS One 2017 ; 12 : e0175737.

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