La bactériurie asymptomatique est très fréquentes chez les femmes âgées

La bactériurie asymptomatique est très fréquentes chez les femmes âgées
La majorité des prescriptions d’antibiotiques chez les personnes âgées sont pour un diagnostic d’infection urinaire. Face aux difficultés du diagnostic différentiel entre les infections urinaires et les bactériuries asymptomatiques, les antibiotiques sont-ils correctement utilisés ?

Plus de la moitié des antibiotiques prescrits dans les institutions pour personnes âgées le sont pour un diagnostic d’infection urinaire. Cette fréquence élevée tient sans doute à des difficultés du diagnostic différentiel entre les infections urinaires et les bactériuries asymptomatiques. Ces dernières, qui ne nécessitent pas de traitement, sont en effet très fréquentes, particulièrement chez les femmes âgées. La valeur d’une culture positive comme critère d’une infection urinaire chez ce type de patient en est grandement réduite. D’un autre côté, les symptômes d’infections urinaires ne sont pas toujours bien exprimés chez ces patients et sont souvent atypiques.
Il semble dès lors intéressant de disposer de repères permettant d’identifier les personnes à risque de bactériurie asymptomatique. Pour cela, une équipe belge a collecté les urines de milieu de jet de 100 personnes âgées institutionnalisées, asymptomatiques. Deux échantillons ont été prélevés à 3 mois d’intervalle et mis en culture.

Un phénomène souvent transitoire

Les résultats confirment la haute prévalence des bactériuries asymptomatiques, présentes chez 40 % des sujets testés. Cette prévalence était très différente selon le sexe, puisqu’une bactériurie asymptomatique était présente chez près de la moitié des femmes et seulement 15 % des hommes. Pendant les 3 mois séparant les deux prélèvements, la bactériurie a disparu chez 18 % des participants initialement positifs tandis qu’elle est apparue au 2e prélèvement chez 15 % des sujets initialement négatifs. Cela semble donc confirmer son caractère transitoire, avec un taux de turnover et de recolonisation élevé, déjà rapporté dans d’autres travaux. Au total, 30 % des participants (36 % des femmes et 6 % des hommes) ont eu une bactériurie pendant toute la durée de l’étude.
Le germe dominant était incontestablement Escherichia coli, trouvé chez 84 % des participants et 90 % des femmes. Il était suivi en fréquence par Aerococcus urinae, présent dans 5 % des échantillons. Les autres germes, entérobactéries, autres Gram-, Gram+ étaient présents dans moins de 1 % des cas. Une bactériurie polymicrobienne a été mise en évidence chez 18 % des sujets, mais comprenant toujours au moins E. coli.
Outre le fait que les femmes étaient plus souvent concernées que les hommes, la fragilité et la dépendance ont constitué les éléments les plus décisifs. Ainsi, l’incontinence urinaire permanente et la démence étaient fortement associées au risque, particulièrement à long terme.
Pour conclure, la prévalence élevée des prescriptions d’antibiotiques chez les personnes âgées institutionnalisées augmente les risques de résistances bactériennes et ceux d’effets indésirables. Les résultats de cette étude montrent que de vagues symptômes urinaires et une culture positive dans cette catégorie de population doivent être interprétés avec prudence, notamment chez les femmes, et d’autant plus qu’il existe une incontinence urinaire permanente ou un degré élevé de dépendance.

Dr Roseline Péluchon

Biggel M. et coll. : Asymptomatic bacteriuria in older adults :the most fragile women are prone to long-term colonization. BMC Geriatr 2019 ; 19 : 170.
Biggel et al. BMC Geriatrics (2019) 19:170

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