Influence du sexe et du genre sur le traitement de la grippe

Influence du sexe et du genre sur le traitement de la grippe

Sexe et genre ne sont pas interchangeables car ils correspondent chacun à des caractéristiques différentes. Le «sexe» est une construction biologique fondée sur les chromosomes, les organes reproducteurs et les hormones circulantes. Le genre, pour sa part, correspond à des rôles, des comportements et des activités qui sont attribués par une société donnée aux hommes et aux femmes, mais aussi aux individus dont l’identité est moins binaire. Le sexe et le genre peuvent avoir un impact croisé sur la pathogénie, le diagnostic, la prophylaxie et le pronostic des infections virales en jouant sur la biologie et les comportements.
Les infections par le virus influenza de type A (VIA), à l’origine de la grippe, illustrent parfaitement ces notions. De fait, le sexe (mâle/femelle) et le genre (masculin/féminin) influent sur le pronostic, les modalités et l’efficacité de la vaccination antigrippale et le recours aux traitements antiviraux. Il existe cependant de nombreuses incertitudes sur les mécanismes sous-jacents, par exemple, sur l’effet du sexe sur la réponse immunitaire ou encore sur le rôle respectif des hormones, des gènes, voire du microbiote intestinal. Ainsi, certaines données montrent que, dans le sexe masculin, la grippe serait plus sévère avant la puberté alors que, dans le sexe féminin, la maladie apparaît plus grave après la puberté et avant la ménopause. Mais il existe beaucoup de discordances selon les pandémies et les épidémies étudiées. Il semble également que les femmes développent une réponse inflammatoire pulmonaire plus forte. Il a aussi été mis en évidence, selon des études chez l’animal, un rôle protecteur de l’estradiol et de la progestérone, mais une réduction de la réponse des lymphocytes T mémoires dans le sexe féminin. Après vaccination, le taux des anticorps est en revanche plus élevé chez les femmes. En termes de genre, les données sont plus rares et moins bien étayées, mais on peut, noter, par exemple, que les femmes sont plus réticentes à se faire vacciner. Il est par ailleurs souvent bien difficile de dissocier sexe et genre dans l’étude des effets des traitements ou d’autres facteurs notamment sociaux, lesquels conditionnent en partie la vulnérabilité face aux maladies incluant les infections à VIA.

L’initiative du NIH

Dans ces conditions, toute recherche sur ces dernières devrait spécifier le sexe et le genre des malades, a fortiori quand il s’agit d’évaluer le pronostic tout autant que la réponse à la vaccination ou encore aux traitements antiviraux. Les analyses statistiques doivent en toute rigueur obéir à une stratification qui prend en compte ces facteurs et ces recommandations s’appliquent à la recherche préclinique, notamment à l’expérimentation animale, mais aussi à l’épidémiologie et à la recherche clinique. Elles ont d’ailleurs été adoptées aux Etats-Unis depuis 2016 grâce à des actions menées par le NIH (National Institutes of Health). C’est à ce prix que l’on peut espérer une optimisation de la prise en charge des infections grippales en tenant compte des effets combinés du sexe et du genre tant sur l’expression de la maladie que sur son traitement.  

Dr Philippe Tellier

Morgan R et coll. The intersection of sex and gender in the treatment of influenza. Curr Opin Virol. 2019 ; 35 : 35-41.

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