Infection par le VIH : influence du genre sur la mortalité

Infection par le VIH : influence du genre sur la mortalité

Chez les patients atteints d’une infection par le VIH ou d’un SIDA (VIH/SIDA), l’âge du décès a augmenté de dix ans en l’espace d’une vingtaine d’années. La valeur médiane des âges de décès est ainsi passée de 40-44 ans (1995-1998) à 50-54 ans (2014-2016) au Japon. Cette tendance qui s’observe dans les autres pays (où les anatirétroviraux sont accessibles au plus grand nombre) n’a pas une signification univoque, d’autant que l’espérance de vie de leur population générale n’a fait qu’augmenter dans ce laps de temps. Certes, l’efficacité du traitement antirétroviral et son impact sur la durée de la survie peuvent intervenir, mais d’autres mécanismes associés ont été évoqués, notamment un effet de genre. Par ailleurs, pour simplifier les choses, depuis le début du troisième millénaire, la mortalité en cas de VIH/SIDA a commencé à augmenter chez les patients âgés de plus de 55 ans. L’incidence des décès directement liés aux infections a certes diminué mais celle des décès liés à d’autres causes est restée stable : c’est le cas notamment des pathologies malignes, des encéphalopathies, des pneumopathies interstitielles ou du syndrome de dépérissement.

Chez tous les patients atteints d’une infection par le VIH (principalement de sexe masculin), d’une leucémie à cellules T  de l’adulte ou d’une maladie de Creutzfeldt‐Jakob comme chez les sujets de la population générale, l’âge du décès après 55 ans a augmenté de 5 ans en l’espace d’une dizaine d’années, entre 1999-2004 et 2010-2017. Or un effet de genre, favorable aux femmes, ne s’est manifesté sans équivoque que dans la population générale ou en cas d’infection par le VIH.

A partir de 2011-2016, chez les patients atteints d’une infection à VIH, l’âge médian au moment du décès a été estimé à 52,5 ans chez les hommes, versus 70 ans chez les femmes. Dans la population générale, les valeurs correspondantes ont été respectivement de 75 ans et 85 ans. Les hommes atteints d’une infection par le VIH sont donc décédés 22,5 ans plus tôt que ceux de la population générale et cette différence n'a été que de 15 ans pour les femmes atteintes de la même maladie.

Quel pourrait être le dénominateur commun aux décès observés dans la population générale et parmi les patients infectés par le VIH ? Les hypothèses ne manquent, mais il en est une plus vraisemblable que les autres : c’est le nombre de lymphocytes CD4+T dits auxiliaires qui sont chargés d’orienter les lymphocytes B vers l’élimination d’un agent pathogène. Ces cellules CD4+T sont les cibles privilégiées du VIH et leur destruction est l’étape qui conduit au stade du SIDA. Or, la diminution progressive du nombre de ces cellules est aussi un stigmate biologique du vieillissement : une hypothèse qui reste à confirmer.


Dr Philippe Tellier

Yoshikura H et coll.  Shift to older ages of HIV/AIDS deaths and its gender difference: inference derived from Vital Statistics of Japan. Jpn J Infect Dis. 2019. Publication avancée en ligne le 26 avril. doi: 10.7883/yoken.JJID.2019.005.

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