Infarctus du myocarde de la femme : comment évaluer les effets d’une thérapie cognitive et comportementale ?

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Le pronostic cardiovasculaire à long terme de l’infarctus du myocarde (IDM) n’est pas le même dans les deux sexes. La récupération fonctionnelle et psychologique est plus laborieuse chez la femme, pour des raisons multiples qui incluent notamment une plus grande vulnérabilité au stress. Ce dernier est considéré comme un facteur de mortalité et de morbidité dans de nombreuses affections chroniques où la maladie coronarienne figure en bonne place. Les interventions psychosociales classiques sont globalement efficaces, mais moins chez la femme que chez l’homme, ce qui rend nécessaires d’autres approches plus adaptées.
C’est là que pourrait intervenir la MBCT (Mindfulness Based Cognitive Therapy) ou thérapie cognitive basée sur la pleine conscience qui relève d’une intervention ciblant les points-faibles du sujet, autant de facteurs de vulnérabilité psychosociale : état dépressif, idées noires, ruminations, dévalorisation, dysfonction cognitive et sensation d’isolement. L’approche accorde une large part à la méditation de groupe orientée et soutenue par un spécialiste des thérapies comportementales, avec pour mission d’éloigner le souvenir de l’IDM et le spectre de la maladie coronarienne sous-jacente, en minimisant la perception du stress, quelle que soit son origine, privée ou professionnelle.


Un soutien téléphonique


Il est par ailleurs concevable d’adapter la méthode en la personnalisant et en sortant de la thérapie de groupe pour l’intégrer dans un programme de soutien téléphonique adapté à chaque cas. Il faut que le sujet en arrive à considérer ses pensées comme telles et non comme des faits établis, ce qui n’est pas toujours une mince affaire, mais il semble que les femmes soient plus sensibles que les hommes à une telle approche.
Encore faut-il démontrer son efficacité et rien ne vaut une étude randomisée multicentrique pour atteindre cet objectif. Le rationnel et le protocole d’un tel essai sont ici présentés. Il est prévu d’inclure 144 femmes victimes d’un IDM au moins 2 mois avant l’inclusion, toutes considérées comme particulièrement vulnérables au stress.
La MBCT sera utilisée sous la forme de séances téléphoniques de soutien régulières de 2 heures chacune, pendant huit semaines consécutives. Le niveau stress perçu sera évalué à l’état basal, puis à la fin de la thérapie et au terme d’un suivi de 6 mois. La réduction de ce paramètre constituera le critère de jugement primaire. Les critères secondaires seront les suivants : état de santé lié à la maladie, qualité de vie, symptômes dépressifs et anxieux, qualité du sommeil évaluée  par actigraphie. Les analyses exploratoires, pour leur part, se pencheront sur les facteurs potentiellement impliqués dans l’efficacité de la MBCT téléphonique : rumination, perception du lien social et capacité d’abstraction ou d’acceptation.
A suivre donc.
Dr Philippe Tellier  
Spruill TM et coll.  Telephone-based mindfulness training to reduce stress in women with myocardial infarction: Rationale and design of a multicenter randomized controlled trial. Am Heart J (18 avril) : publication avancée en ligne.

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