Infarctus du myocarde aigu : impact du sexe sur la nécrose et le myocarde à risque

Infarctus du myocarde aigu : impact du sexe sur la nécrose et le myocarde à risque
La cardiopathie ischémique est l’une des principales causes de mortalité dans le monde. Le tabagisme, le diabète et l’HTA constituent aujourd’hui des facteurs de risque connus d’infarctus du myocarde. Quid de l’influence du genre sur la taille de la nécrose et le myocarde à risque ?

La cardiopathie ischémique est aujourd’hui une cause majeure de mortalité à l’échelon mondial. La revascularisation myocardique par angioplastie n’en a pas moins transformé le traitement de l’une de ses grandes complications qui est l’infarctus du myocarde (IDM). Cependant, il importe de mieux connaître les facteurs qui influent sur son évolution et sur la masse nécrosée qui est l’un des déterminants majeurs du pronostic à long terme. Le sexe, le tabagisme, les antécédents d’hypertension artérielle (HTA) et le diabète font partie de ces facteurs impliqués à la fois dans la réponse à la reperfusion myocardique et l’évolution du post-infarctus. Il est cependant clair que leur rôle respectif et leur signification pronostique varient considérablement d’un patient à l’autre, selon des mécanismes physiopathologiques qui ne sont pas tous connus.
Le tabagisme, le diabète et l’HTA interfèrent-ils notamment pour augmenter la masse nécrosée (ou l’étendue de l’IDM) ou aggraver l’ischémie myocardique ? C’est à cette question que répond une étude qui a regroupé les résultats de trois grands essais multicentriques récents, respectivement CHILL-MI, MITOCARE et SOCCER, au cours desquels une IRM cardiaque a été réalisée dans les suites d’un IDM aigu inaugural, afin de déterminer l’étendue des territoires myocardiques à risque et celle de l’infarctus. Au total, ont été sélectionnés 301 patients des deux sexes, tous ayant fait un IDM avec sus-décalage du segment ST ou STEMI (ST-elevation myocardial infarction). Le MSI (myocardial salvage index) a été calculé selon la formule MSI =1-(taille de l’infarctus)/myocarde à risque (MaR). Le modèle statistique a pris en compte les variables explicatives suivantes : délai entre la douleur et l’angioplastie, vaisseau « coupable », âge, traitements, flux TIMI et qualité du réseau collatéral évaluée selon la classification de Rentrop.

Mais pas d’effet du diabète, de l’hypertension et du tabagisme

Chez les femmes (n=66), comparativement aux hommes (n=238), ont été mises en évidence des différences significatives quant aux variables suivantes : (1) myocarde à risque (MaR) : moins étendu (différence moyenne=5,0 ± 1,5 % du ventricule gauche (VG) ; p<0,01) ; (2) taille de l’IDM moins importante (différence moyenne=5,1 ± 1,4 % du VG ; p=0,03) (3) MSI plus élevé (différence moyenne=9,6 ± 2,8 % du VG, p< 0,01). Ces différences sont restées statistiquement significatives même après la prise en compte d’autres variables explicatives. En revanche, ni le diabète, ni le tabagisme, ni l’HTA n’ont eu d’effet significatif sur les variables précédentes, qu’il s’agisse du MaR, de la taille de l’IDM ou encore du MSI.
Cette étude transversale suggère donc que le sexe féminin influe sur le myocarde à risque et la taille de la nécrose dans les suites d’un IDM aigu avec sus-décalage du segment ST. Des mécanismes pathogéniques différents selon le sexe seraient à l’œuvre dans ce contexte, mais cette hypothèse doit être confirmée avant d’en inférer plus, d’autant qu’elle repose sur l’IRM cardiaque qui reste semi-quantitative et opérateur-dépendante pour la plupart des protocoles de traitement des données.

Dr Philippe Tellier

Nordlund D et coll Gender but not diabetes, hypertension or smoking affects infarct evolution in ST-elevation myocardial infarction patients - data from the CHILL-MI, MITOCARE and SOCCER trials. BMC Cardiovasc Disord. 2019 ; 19(1) : 161.

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