Hypertension intracrânienne idiopathique et risque de maladie cardiovasculaire chez la femme

Hypertension intracrânienne idiopathique et risque de maladie cardiovasculaire chez la femme
Les causes à l’origine de l’hypertension intracrânienne sont encore mal connues. Son incidence est de 1/100 000 à 20/100 000 chez la femme. Quels sont ses effets sur le risque de maladies cardiovasculaires chez la femme ?

L’hypertension intracrânienne idiopathique (HII) est un syndrome de cause inconnue, qui se caractérise typiquement par une élévation de la pression intracrânienne, un œdème papillaire et des céphalées chroniques invalidantes. Elle est plus fréquente dans le sexe féminin et son incidence, en augmentation, semble être corrélée à celle de l’obésité qui est d’ailleurs un facteur de risque majeur d’HII, tout en favorisant la maladie cardiovasculaire (MCV). Les liaisons entre HII et MCV sont toutefois mal connues, ce qui fait tout l’intérêt d’une étude de type cas-témoins. L’objectif a été d’estimer le risque d’événements cardiovasculaires majeurs (ECVM) combinés, d’insuffisance cardiaque, de cardiopathie ischémique, d’AVC/AIT (accident vasculaire cérébral/accident ischémique transitoire), de diabète de type 2 et d’hypertension artérielle (HTA) chez des femmes atteintes d’une HII. Ce risque a été comparé à celui mesuré dans une population témoin, constituée de femmes appariées sur l’indice de masse corporelle (IMC) et l’âge, indemnes de toute HII. La prévalence et l’incidence de cette dernière ont été au passage évaluées.

La base de données THIN : 28 ans d’observation, 2 760 cas d’HII

Les données ont été obtenues à partir de la base de données  britannique dite THIN (The Health Improvement Network), consultée entre le 1er janvier 1990 et le 17 janvier 2018. La période d’observation a donc été de 28 années. Au total, 2 760 cas d’HII ont pu être comparés à 27 125 témoins pris au hasard, puis appariés selon les critères précédents. Le risque de MCV a été évalué sous la forme de hazard ratios ajustés (HRa) au moyen du modèle des risques proportionnels de Cox. Le critère de jugement principal a pris en compte tous les événements ou complications précédemment évoqués et combinés. Ces derniers ont ensuite été considérés séparément pour constituer autant de critères secondaires, dont le diabète de type 2 et l’hypertension artérielle. Les deux groupes étaient comparables en termes d’âge et d’IMC. Dans le groupe exposé (HII), l’âge médian a été estimé à 32,1 ans (écart interquartile [EIQ] : 25,6-42) versus 32,1 ans (25,7-42,1) dans le groupe témoin. Dans le groupe HII, 1 728 femmes (62,6 %) étaient obèses versus n=16 514 (60,9 %) dans l’autre groupe.

Un risque de MCV multiplié par deux

Le risque absolu de MCV toutes formes confondues s’est révélé plus élevé en cas d’HII. Les valeurs des HRa ont été les suivantes : (1) ECVM combinés : 2,10 (IC95% : 1,61-2,74 ; p<0,001); (2) insuffisance cardiaque : 1,97 (IC95% : 1,16-3,37 ; p=0,01) ; (3) cardiopathie ischémique : 1,94 (IC95% : 1,27-2,94 ; p=0,002) ; (4) AVC/AIT : 2,27 (IC95% : 1,61-3,21 ; p<0,001) ; (5) diabète de type 2 : 1,30 (IC95% : 1,07-157 ; p=0,009) ; (6) HTA : 1,55 (IC95% : 1,30-1,84 ; p<0,001). Entre 2005 et 2017, l’incidence de l’HII a plus que triplé, passant de 2,5 à 9,3 pour 100 000 sujets-années. Il en a été de même pour sa prévalence qui, dans le même laps de temps, est passée de 26 à 79 pour 100 000 femmes. L’élévation de l’incidence a été particulièrement marquée en cas d’IMC > 30 kg/m2.
Au total, l’HII chez la femme semble être associée à un doublement du risque de MCVpar rapport à une population témoin. La prise en compte des facteurs de risque cardiovasculaire et de l’obésité est a priori nécessaire pour réduire la lourde morbidité cardiovasculaire imputable à ce syndrome dont l’incidence et la prévalence sont en nette augmentation au Royaume-Uni et dans d’autres pays industrialisés.

Dr Philippe Tellier

Adderley NJ et coll. Association between idiopathic intracranial hypertension and risk of cardiovascular diseases in women in the United Kingdom. JAMA Neurol 2019. Publication avancée en ligne le 8 juillet. doi: 10.1001/jamaneurol.2019.1812.

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