Hyperprolactinémie et schizophrénie débutante : un témoin de l’hyperréactivité au stress chez la femme ?

Hyperprolactinémie et schizophrénie débutante : un témoin de l’hyperréactivité au stress chez la femme ?

La prolactine est une hormone polypeptidique sécrétée principalement par les cellules lactotropes de l’antéhypophyse. Elle est d’abord et avant tout impliquée dans la lactation chez les mammifères, mais elle a d’autres fonctions biologiques. C’est ainsi que sa libération serait accrue par le stress psychosocial, un facteur associé, dans certaines études, au développement de symptômes psychotiques plus ou moins spécifiques. La dopamine produite par les neurones hypothalamiques, pour sa part, est le principal facteur inhibiteur de la sécrétion de prolactine au travers d’une interaction avec les récepteurs dopaminergiques D2 antéhypophysaires. La neurotransmission dopaminergique est, par ailleurs, impliquée dans la pathogénie des psychoses schizophréniques. L’efficacité de certains antipsychotiques s’expliquerait, d’ailleurs au moins en partie, par leur affinité élevée pour les récepteurs D2, mais l’hyperprolactinémie qui résulte de leur administration prolongée est souvent considérée comme un de leurs effets biologiques indésirables.

Chez certains patients atteints d’une schizophrénie non traitée par ces médicaments, il semble toutefois que la prolactinémie basale soit anormalement élevée, un signe qui a été interprété comme le témoin d’une hyperréactivité au stress psychosocial. Quel est de facto le rôle de ce dernier dans la survenue des premiers symptômes de cette psychose ? C’est à cette question que répond une étude transversale et longitudinale, la Früherkennung von Psychosen (FePsy) study dans laquelle ont été inclus 165 patients répartis en 2 groupes : (1) «état mental à risque» ou At Risk Mental State (ARMS) (n=116) ; (2) épisode psychotique inaugural (EPI) (n=49). Aucun traitement antipsychotique et aucun médicament susceptible d’influer sur la sécrétion de prolactine n’avaient été prescrits, quel que soit le groupe.

Un effet plus marqué que chez l’homme

Les prélèvements sanguins destinés au dosage de la prolactine ont été réalisée dans des conditions standardisées, à jeun entre 8 h et 10 h du matin, après 30 minutes de repos. Une hyperprolactinémie a été détectée chez 32 % des patients du groupe ARMS, versus 35 % dans le groupe EPI. Après correction des variations biologiques physiologiques propres au sexe, les concentrations plasmatiques moyennes de prolactine sont apparues plus élevées chez les femmes que chez les hommes (β=0,42 ; t=2,47 ; p=0,01), mais aucune différence intergroupe significative (ARMS versus EPI) n’a été mise en évidence  (β=-0,05; t=-0,30 ; p=0,76). Pour ce qui est de la dimension longitudinale de l’étude, l’analyse des courbes de survie n’a pas permis de démontrer la valeur prédictive des taux de prolactine quant à la transition de l’état prépsychotique vers une psychose établie.

Cette étude suggère ainsi que la prolactine pourrait jouer un rôle dans l’émergence de certaines psychoses, notamment de la schizophrénie. L’hyperréactivité au stress psychosocial serait le facteur pathogénique sous-jacent, en sachant que son effet serait plus marqué dans le sexe féminin, si l’on en juge d’après les taux de prolactine plus élevés que dans le sexe masculin. D’autres études sont, à l’évidence, nécessaires pour confirmer ou infirmer cette hypothèse intéressante.

Dr Catherine Watkins

Ittig S et coll. Sex differences in prolactin levels in emerging psychosis: Indication for enhanced stress reactivity in women. Schizophr Res 2017 (14 février) : pii: S0920-9964(17)30081-6. doi: 10.1016/j.schres.2017.02.010. Publication avancée en ligne.

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