Genre et traitement de la dépression : une réalité complexe

Genre et traitement de la dépression : une réalité complexe

La dépression concerne, de manière très inégalitaire, environ 2 fois plus de femmes que d’hommes. Cette offense à la parité semble exister dans toutes les populations et cultures. Les raisons n’en sont pas parfaitement connues et les hypothèses d’explication évoquent des différences dans les sensibilités biologiques et psychologiques et dans différents niveaux d’expositions environnementales. Certains suggèrent aussi que la dépression serait sous-diagnostiquée chez les hommes.

Une équipe suédoise s’est intéressée à un aspect spécifique de la dépression, ou plutôt de son traitement. Les auteurs ont ciblé des spécificités de genre dans le traitement, et précisément ont recherché des différences dans le taux de dispensation d’un traitement antidépresseur au cours des 3 premières semaines d’un arrêt de travail pour dépression. Ils partent de l’hypothèse que, si le médecin a estimé que la dépression justifiait un arrêt de travail, il a jugé aussi qu’il était nécessaire d’initier un traitement. Ont été inclus tous les individus âgés de 18 à 64 ans qui, entre 2010 et 2011, ont bénéficié d’un premier arrêt de travail pour dépression, prescrit pour au minimum 21 jours (n= 44 863, dont 69,5 % de femmes).

Il existe bien une différence de genre dans le nombre des traitements délivrés, les hommes recevant un antidépresseur plus souvent que les femmes pendant les premiers 21 jours de leur arrêt de travail (48.0 % vs 42,1 %), différence certes faible mais significative (OR 1,27 ; 95 % CI 1,22 à 1,32) et persistante après ajustement pour le niveau d’éducation et le statut professionnel, le nombre de jours d’arrêt ou les consultations chez les psychiatres et/ou psychothérapeutes.

Il est reconnu que les femmes souffrent de dépression plus souvent que les hommes et des travaux suggèrent qu’elles prennent plus souvent des antidépresseurs. Les résultats de cette étude semblent contradictoires avec cette affirmation. L’une des explications avancées par les auteurs est le fait que les données ne reflètent pas tous les cas de figure de diagnostics de dépression, mais seulement ceux qui ont été jugés assez sévères pour justifier un arrêt de travail. Ils précisent aussi que près de la moitié des patients inclus avait déjà reçu un traitement antidépresseur dans les 12 mois précédant l’inclusion dans l’étude.
Sur le point de l’inégalité de genre devant la dépression, rappelons enfin qu’à un jeune âge, la dépression est un peu plus fréquente chez les garçons que chez les filles et que cette tendance se modifie au début de l'adolescence.


Dr Roseline Péluchon

Lysty P. et coll. : Gender differences in treatment with antidepressants during first weeks of a sick-leave spell due to depressive episode. Eur J Public Health, 2019 Sept 27

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