Force de préhension et déclin cognitif chez la femme âgée : une relation qui dépend de l’IMC

Chez le sujet âgé, la détérioration des fonctions supérieures est la première étape vers le déclin cognitif léger (DCL) ou la démence. A ce titre, il convient d’identifier le plus précocement possible les facteurs qui augmentent le risque de conversion, tout au moins ceux modifiables et donc accessibles à des mesures préventives. Selon certaines études, l’indice de masse corporelle (IMC) et ses variations dans un sens ou dans l’autre pourraient entrer en ligne de compte. L’obésité tardive serait ainsi associée à un risque élevé de démence bien que cette hypothèse ne fasse pas l’unanimité.
La prise en compte de la force de préhension en tant que marqueur ou facteur de risque ne vient pas simplifier les choses car si celle-ci est positivement corrélée à l’IMC, elle est aussi tributaire d’autres paramètres qui interfèrent avec son rôle dans la survenue d’un déclin cognitif ou encore dans la mortalité globale et cardiovasculaire. Dans certaines études publiées, la chronologie des événements est d’ailleurs difficile à identifier : ainsi, la diminution de la force de préhension pourrait avoir succédé à l’installation des troubles cognitifs.

Les données de l’étude KLoSA

A cet égard, l’étude de cohorte longitudinale dite KLoSA (Korean Longitudinal Study of Aging), dans laquelle ont été incluses 544 femmes âgées (> 65 ans) indemnes de troubles cognitifs à l’entrée, apporte des informations supplémentaires. La force de préhension a été classée soit de manière binaire (faible ou forte), soit en tertiles, cependant que l’obésité a été définie par un IMC  ≥ 25 kg/m2, selon les critères de l’OMS adaptés à la région Asie-Pacifique. La survenue d’un déclin cognitif a été évoquée devant un K-MMSE (Korean Mini-mental State Examination) <24 au cours d’un suivi d’une durée de 8 années.
Une force de préhension jugée forte (versus faible) a été associée à une diminution du risque de déclin cognitif, l’odds ratio (OR) ajusté étant en effet estimé à 0,23 (IC95% : 0,08-0,66). Il en a été de même dans le tertile supérieur de la distribution de cette variable (versus inférieur), l’OR ajusté étant alors de 0,16 (IC : 0,04-0,70), mais uniquement chez les femmes obèses avec une tendance vers une relation linéaire (p=0,016). De plus, toujours en cas d’obésité, les valeurs de la force de préhension situées dans le tertile supérieur (versus inférieur) ont été associées à un déclin plus faible des scores obtenus au K-MMSE (p=0,009). En revanche aucune association de ce type n’a pu être établie chez les participantes non obèses.
Cette étude de cohorte longitudinale plaide ainsi en faveur d’une association significative et inverse entre la force de préhension et le risque de déclin cognitif chez la femme âgée, mais uniquement en cas d’obésité. Dans ce contexte, la force de préhension pourrait constituer un marqueur utile du risque en question.

Dr Philippe Tellier

Jeong SM et coll. Association among handgrip strength, body mass index and decline in cognitive function among the elderly women. BMC Geriatr 2018 ; 18(1) : 225.