Femmes et hommes ne sont pas égaux face au cancer du poumon

Femmes et hommes ne sont pas égaux face au cancer du poumon
Ces 50 dernières années l’incidence du cancer pulmonaire a connu un accroissement de 600% et pourrait devenir en 2020 la première cause de décès chez les femmes. Alors que son incidence s’est stabilisée chez les hommes, pourquoi a-t-elle considérablement augmenté chez les femmes ?

L’épidémiologie du cancer du poumon a connu quelques évolutions, un peu partout dans le monde, en termes de différences entre les sexes. Alors que son incidence diminuait ou se stabilisait pour les hommes, elle a considérablement augmenté chez les femmes. Cet accroissement, de 600 % au cours des 50 dernières années, est parfois défini comme une « épidémie contemporaine ». Plusieurs facteurs ont été identifiés pouvant expliquer en partie cette évolution, qu’ils soient génétiques, hormonaux, environnementaux ou professionnels.
Cependant les différences en termes d’incidence ne sont pas les seules, puisque certains travaux ont montré que le pronostic et les effets des traitements ne sont pas non plus identiques chez les femmes et les hommes. Notamment, il a été établi que les femmes ont une survie meilleure compte tenu de l’âge, de l’histologie, des modalités de traitement ou du statut vis-à-vis du tabac, même après ajustement sur l’espérance de vie spécifique au genre. Les raisons précises de ces spécificités de genre ne sont encore qu’à l’état d’hypothèses.
Une équipe espagnole a récemment publié les résultats d’une étude prospective de cohorte menée dans l’objectif de préciser les différences dans le profil péri-opératoire de 2 566 hommes et 741 femmes traités chirurgicalement pour un cancer du poumon.

Des différences aussi en termes d’histologie et de complications post-opératoires

Les données obtenues confirment que le profil péri-opératoire est meilleur chez les femmes. Ces dernières sont en moyenne plus jeunes (61,8 ans versus 66,5 ans) et ont moins de comorbidités (bronchopathies chroniques obstructives, diabète, hypertension, pathologies cardiaques). L’indice ECOG est plus souvent de 0 chez les femmes et le pourcentage des fumeuses actives inférieur à celui des fumeurs (28,4 % versus 33,9 %). Les différences sont aussi histologiques puisque l’adénocarcinome était le type histologique majoritaire chez les femmes (70,1 % versus 46,4 %) et le stade tumoral IA plus fréquent (41,5 % versus 33,6 %).
Il est aussi apparu que les complications post-opératoires étaient moins fréquentes et moins graves chez les femmes. La durée moyenne de l’hospitalisation a été de 6,3 jours pour les femmes et de 7,1 jours pour les hommes, alors que le taux de mortalité à 30 jours était significativement inférieur pour les premières, de 0,3 % contre 2,9 % pour les hommes. Enfin, le taux de ré-hospitalisation dans les 30 jours après l’intervention était également inférieur chez les femmes (2,8 % versus 8,6 %).
Les auteurs notent toutefois que le cancer du poumon pourrait être, en 2020, la première cause de décès par cancer chez les femmes, dépassant en ce point le cancer du sein.

Dr Roseline Péluchon

Fibla J.J. et coll.  Perioperative outcome of lung cancer surgery in women: results from a Spanish nationwide prospective cohort study. J Thorac Dis 2019 ; 11 : 1475-1484.

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