Femmes de moins de 55 ans : davantage d’infarctus du myocarde en été

Au cours de la dernière décennie, l’incidence et les taux de mortalité en rapport avec les infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (STEMI) ont régulièrement augmenté chez les femmes mais pas chez les hommes. De nombreux facteurs, anatomiques, socio-économiques, psychologiques, comportementaux ont été avancés pour expliquer cette différence. Des auteurs suisses et canadiens ont, quant à eux, mené une étude à Montréal pour explorer le rôle des conditions météorologiques dans la survenue d’un STEMI. Il faut à cet égard souligner que la région de Québec était particulièrement indiquée, les températures pouvant y varier de - 40°C en hiver à + 35°C en été. Entre juin 2010 et décembre 2014, ont été colligées, de façon rétrospective, les données des patients hospitalisés pour un STEMI aigu au Montreal Heart Institute. Parallèlement, les informations provenant du centre national météorologique ont été recueillies.
Au total, 2 199 patients consécutifs (25,8 % de femmes, d’âge moyen 67,5±13,4 ans, l’âge moyen des hommes étant de 60,9±11,5 ans) ont été traités pour un STEMI pendant la période étudiée.
Alors que les taux d’infarctus étaient distribués de la même façon entre avril et septembre et entre octobre et mars chez les sujets âgés des deux sexes, une augmentation significative des STEMI a été constatée pendant l’été chez les femmes âgées de 55 ans ou moins, avec un pic d’admissions en août. De même, il y a eu plus d’hospitalisation de femmes jeunes lorsque la durée d’ensoleillement était plus élevée (> 12 heures). A contrario, une tendance vers des taux plus importants a été notée en hiver chez les hommes jeunes.

Mais plus de chocs cardiogéniques en hiver

Cependant, et de façon apparemment contradictoire, la saison hivernale était significativement plus à même de favoriser un choc cardiogénique chez les femmes, notamment chez les femmes jeunes, que dans les autres populations.
Pour interpréter ces résultats, les auteurs avancent plusieurs hypothèses. D’une façon générale, les sujets jeunes sont plus souvent à l’extérieur que leurs aînés, et ce sont plus souvent les hommes qui déblaient la neige en hiver. Ces derniers pourraient avoir une plus grande résistance aux changements de température, alors que les femmes jeunes auraient une susceptibilité plus grande vis-à-vis de l’inflammation et de l’ischémie qui pourrait être à l’origine de réponses anormales aux facteurs d’environnement. Enfin, le froid serait davantage responsable d’une exacerbation des événements cardio-vasculaires plutôt qu’un élément déclenchant, ce qui pourrait expliquer la plus grande fréquence du choc cardiogénique chez les femmes en hiver.

Dr Louise Guisgand

Gebhard C et coll. Weather and risk of ST-elevation myocardial infarction revisited: Impact on young women. PLoS One 2018 ; 13 : e0195602.
doi: 10.1371/journal.pone.0195602.

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