Faut-il faire des frottis du col de l’utérus après 65 ans ?

En Europe, comme en Amérique du Nord, on recommande de faire des frottis régulièrement (tous les 2, 3 ou 5 ans) jusqu’à l’âge de 65 ans, puis d’arrêter si les deux derniers examens sont normaux. En France, seulement trois quarts des cancers du col de l’utérus sont ainsi diagnostiqués entre 25 et 65 ans ; au Danemark, en 2016, c’était près d’un tiers de ces cancers qui ont été diagnostiqués après 60 ans. Pourtant ce pays offre aux femmes un dépistage gratuit depuis 1986. Celui-ci a évolué au fil du temps : d’abord pratiqué tous les trois ans entre 23 et 59 ans, il a été prolongé jusqu’à 64 ans en 2007 (mais seulement tous les 5 ans après 50 ans). Et, depuis 2014, le test HPV a remplacé le frottis chez les femmes de 50 à 64 ans. Alors que, en France, une femme sur deux ne se fait pas dépister assez régulièrement, en 2016, au Danemark, le taux de couverture du dépistage du cancer du col était de 73,5 %.
A cet égard, une étude prospective a été menée sur l’ensemble des femmes danoises entre janvier 2009 et décembre 2013 afin de déterminer l’impact du dépistage chez celles qui développent un cancer du col après 60 ans. Au total, 30,1 % des 1 907 cancers du col diagnostiqués concernaient des femmes de 60 ans et plus ; 574 d’entre-elles, d’âge médian 72 ans, ont pu être incluses dans l’étude : 73,7 % avaient un carcinome épidermoïde et 63,1 % un cancer d’un stade avancé (stade II B et plus). La proportion de stades avancés augmentait avec l’âge des femmes (51,9 % entre 60 et 64 ans et 76,7 % entre 75 et 79 ans) et aussi avec l’ancienneté de leur dépistage.
En moyenne, leur dernier frottis datait de 13,3 ans : 8,4 ans pour un cancer au stade inférieur au stade II B, et 14,6 ans pour un cancer avancé, stade II B et plus. Les femmes qui avaient eu auparavant au moins un frottis étaient plus jeunes que celles qui n’en avaient jamais eu, et avaient proportionnellement plus souvent un adénocarcinome, cancer pour lequel le frottis est moins performant.
Parmi les 377 (65,7 %) femmes précédemment dépistées, pour 22,8 % le dernier frottis datait de moins de 5 ans, pour 16,7% de 5 à 10 ans, pour 18,8 % de 10 à 15 ans , et pour 41,6 % de plus de 15 ans. La plupart de ces frottis avaient été jugés normaux : dans 73,3 % des cas quand ils dataient de moins de 5 ans, et dans 90,1% des cas pour les plus anciens. Toutefois, 47,6 % de ces femmes n’avaient pas quitté le dépistage de manière « correcte », c’est-à-dire sans avoir eu deux frottis normaux, faits à au moins 3 ans d’intervalle, entre 50 et 59 ans.

Deux examens normaux avant de quitter le dépistage

Or les femmes qui s’étaient soumises à un dépistage correct avaient un risque plus faible de développer un cancer épidermoïde que celles qui avaient eu un dépistage insuffisant (57,7 % versus 74 %, p<0,002) et que celles qui n’avaient pas eu de dépistage (57,7 % versus 81,7 % ; p<0,001). Les femmes qui avaient eu un dépistage correct avaient également un risque plus faible d’avoir un cancer à un stade avancé (stade II B et plus) que celles qui n’avaient pas eu de dépistage (53,8 % versus 67,5 %, p<0,020). En revanche, il n’y avait pas de différence significative quant au stade de diagnostic du cancer entre les femmes qui avaient eu un dépistage correct et celles qui avaient eu un dépistage insuffisant (53,8 % versus 63,4 %, p<0,091).
Bien que le frottis perde en sensibilité quand il pratiqué chez des femmes plus âgées, pour plusieurs raisons (atrophie, moindre cellularité, ascension de la zone de jonction dans l’endocol,…), cette étude révèle une augmentation de la fréquence des stades avancés du cancer du col utérin avec l’âge des femmes et l’ancienneté du frottis. Ces résultats tendent donc à remettre en cause l’âge auquel les femmes arrêtent le dépistage. De plus, la manière dont les femmes quittent ce dépistage semble aussi jouer un rôle.

Dr Catherine Vicariot

Hammer A et coll. Cervical cancer screening history prior to a diagnosis of cervical cancer in Danish women aged 60 years and older—A national cohort study. Cancer Med 2019 ; 8 : 418-427.

Lire aussi :

Partager l'article :