Facteurs socio-économiques associés à la consommation de fruits et légumes chez la femme

Diabéto-Métabolisme-Nutrition
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La consommation de fruits et légumes est associée à de nombreux bénéfices potentiels ou avérés comme la prévention de l’obésité, des maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Elle réduirait également la mortalité tant globale que cardiovasculaire. Cet effet protecteur tiendrait à leur richesse en fibres, en micronutriments essentiels et en substances phytochimiques dénuées de toute propriété nutritive. Les habitudes alimentaires sont étroitement conditionnées par les facteurs socio-économiques et les plus défavorisés sont ceux qui tendent à consommer le moins de fruits et de légumes. A cet égard, l’environnement socio-économique est une entité complexe et multidimensionnelle, difficile à cerner de manière globale et dont les éléments interagissent entre eux.

Ainsi les ressources de l’individu et ses disponibilités en temps (exemples de facteurs socio-économiques individuels) interviennent, tout comme les facteurs socio-économiques contextuels : accès aux magasins, transport et sécurité du voisinage, etc. La consommation de fruits et légumes est par ailleurs considérée comme un indicateur d’une alimentation saine, propre à améliorer l’état de santé. Les recommandations actuelles, dans la plupart des pays du monde, incitent à augmenter les apports de fruits et de légumes au détriment des nutriments les plus délétères. Cependant, rares sont les études de cohorte qui permettent d’évaluer l’évolution des habitudes alimentaires au fil du temps en fonction des facteurs socio-économiques individuels ou contextuels.

L’étude de cohorte prospective multicentrique et internationale dite E3N-EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) est la première à se pencher de près sur les dimensions de cette problématique. L’acronyme E3N correspond à la cohorte française qui a initialement comporté 98 995 sujets de sexe féminin, suivis pendant 12 années. Les associations éventuelles entre la consommation de fruits et légumes, d’une part, les facteurs socio-économiques, d’autre part, ont été étudiées au moyen d’une analyse multivariée par régression logistique. In fine, le nombre de participantes incluses dans l’analyse statistique s’est élevé à 58 193. Chez ces dernières, des informations précises sur les habitudes alimentaires entre 1993 et 2005 ont pu être recueillies ainsi que certains facteurs socio-économiques.

En couple et avec des enfants

Des associations entre certaine facteurs individuels et les variations de la consommation de fruits et légumes ont été ainsi constatées, à la différence des facteurs contextuels qui ne sont pas apparus contributifs. A titre d’exemple, chez les femmes qui avaient plus de 3 enfants, la probabilité d’une consommation accrue de légumes était plus élevée que celles des femmes sans enfant, avec un odds ratio (OR) de 1,33 (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1,24-1,42). Cette association a principalement reposé sur une consommation plus importante de courgettes et de concombres crus. Par ailleurs, le fait de vivre en couple était associé à une légère augmentation de la consommation de fruits (OR=1,07 ; IC : 1,02-1,13), plus particulièrement de poires, de pêches et de raisin.

Il faut aussi souligner que la consommation élevée de fruits et légumes a été principalement observée chez les participantes bénéficiant d’une position socio-économique élevée.

A la lueur de ces données, comment orienter les interventions et les politiques nutritionnelles en prenant en compte l’environnement socio-économique individuel ? La recherche dans ce domaine devrait suivre deux voies privilégiées : (1) évaluer le rôle des caractéristiques d’une population donnée sur la consommation de fruits et légumes ; (2) étudier et préciser les interactions potentielles entre les facteurs socio-économiques individuels et contextuels. C’est à ce prix que les stratégies préventives actuelles pourraient être à la fois optimisées et affinées.

Dr Philippe TellierAffret A et coll. Socio-economic factors associated with an increase in fruit and vegetable consumption: a 12-year study in women from the E3N-EPIC study. Public Health Nutr. 2017, Nov 29 : 1-16.