Facteurs de fragilité chez les personnes ayant une infection par le VIH contrôlée

La fragilité complexe des patients vieillissant avec le VIH témoigne d’un vieillissement accéléré, peut retentir sévèrement sur la qualité de vie et augmenter la morbi-mortalité. Les facteurs associés au syndrome de pré-fragilité/fragilité diffèrent-ils en fonction du genre ?

Sous l’effet du traitement, l’infection par le VIH qui était mortelle est devenue une maladie chronique à part entière. En 2014, selon les chiffres des Nations Unies, le nombre de patients concernés et âgés d’au moins 50 ans serait de plus de 4,2 millions à l’échelon mondial. Ce succès thérapeutique a conduit à constituer une population de malades vieillissants exposés aux multiples affections liées à l’âge et plus ou moins vulnérables en fonction de divers facteurs individuels. Cette fragilité complexe dans sa pathogénie est des plus fréquentes chez les patients atteints d’une infection par le VIH, puisque sa prévalence oscillerait entre 5,0 et 28,6 % selon les études. Si elle témoigne d’un vieillissement accéléré, elle peut aussi retentir sévèrement sur la qualité de vie et augmenter la morbi-mortalité.

Une étude transversale : près de 250 patients

Une étude transversale illustre ce propos, dans laquelle ont été inclus 248 patients (âge moyen 49 ans) tous atteints d’une infection par le VIH sous traitement antirétroviral stable depuis au moins un an. La fragilité individuelle a été définie par la présence d’au moins trois des cinq facteurs sur lesquels repose sa définition : perte de poids, bas niveau d’activité physique, épuisement, faible force de préhension et lenteur de la marche. Les variables sociodémographiques ont été prises en compte de même que celles en rapport avec l’infection par le VIH, les comorbidités, les traitements associés et la qualité de vie. Les facteurs prédictifs de la fragilité ont été évalués au moyen d’une analyse multivariée par régression logistique multiple.
La prévalence du stade dit de pré-fragilité a été estimée à 39,1 % versus 4,4 % pour la fragilité proprement dite. La transmission de l’infection par le VIH avait été de nature hétérosexuelle dans 47,2 % des cas. Au moment de l’inclusion dans l’étude, plus d’un patient sur quatre (26,6 %) avait souffert d’une complication liée au sida. Dans 60,9 % des cas, il n’existait pas d’anticorps anti-VHC (virus de l’hépatite C) et chez 91,5 % des sujets, les taux d’ARN du VIH étaient <50 copies/ml (84.3% depuis ≥1 an). Il existait au moins deux comorbidités dans 10,9 % des cas et chez plus d’un patient sur huit (13,3 %), le traitement médical combinait plus de 5 médicaments sans rapport avec l’infection par le VIH. La fragilité a été associée aux facteurs suivants : âge plus élevé (p=0,006), déficits visuels ou auditifs plus fréquents (p=0,002), plus grand nombre de chutes au cours de l’année précédente (p=0,0001), index de comorbidité de Charlson plus élevé (p=0,001) et index VACS (Veterans Aging Cohort Study) également plus élevé (p=0,001).

Effet du genre

Toutes les comorbidités (à l’exclusion des atteintes osseuses et hépatiques) ont été significativement associées à la fragilité et il en a été de même pour la présence d’au moins deux comorbidités (p=0,0001) et d’au moins cinq médicaments prescrits indépendamment de l’infection par le VIH (p=0,004). L’analyse multivariée a mis en évidence des facteurs indépendants prédictifs de la pré-fragilité/fragilité reliés au genre : (1) hommes : index VACS, C-reactive protein [CRP] et chutes ; (2) femmes : CRP, sida déclaré et ménopause. Par ailleurs, la pré-fragilité/fragilité est apparue comme un signe témoignant d’une qualité de vie détériorée.
Les facteurs associés au syndrome de pré-fragilité/fragilité chez les patients atteints d’une infection par le VIH diffèrent en fonction du genre. Ils méritent d’être pris en compte dans les mesures de prévention qui s’imposent et le rôle de la ménopause dans la survenue de ce syndrome mérite, à cet égard, d’être précisé.

Dr Philippe Tellier  

Blanco JR et coll. Gender differences for frailty in HIV-infected patients on stable antiretroviral therapy and with an undetectable viral load. PLoS One. 2019 ; 14 (5) : e0215764.Publication avancée en ligne le 9 mai.

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