Etude ESTEBAN : déficit en folates sériques en augmentation chez les femmes

Etude ESTEBAN : déficit en folates sériques en augmentation chez les femmes

L’Etude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition (ESTEBAN) comporte notamment un volet nutritionnel destiné à mieux qualifier la situation de la population française dans ces domaines. Parmi les déterminants étudiés, le statut en vitamine D, ferritine, folates sériques, vitamine A, vitamine E et caroténoïdes fait l’objet d’une attention particulière. L’analyse de l’évolution des éventuelles carences grâce à la comparaison des résultats collectés en 2014-2016 avec ceux de l’Etude nationale nutrition santé (ENNS) réalisée en 2006-2007 offre notamment des éléments particulièrement intéressants pour orienter les politiques de santé publique.

Ainsi Santé publique France (SPF) a présenté début décembre les résultats des dosages réalisés dans le cadre de l’étude ESTEBAN auprès d’un échantillon national représentatif de 2 472 adultes et de 794 enfants de 6 à 17 ans, entre avril 2014 et mars 2016. Les résultats globaux ne mettent pas en évidence de déficit important et de carence majeure au sein de la population française. Néanmoins, les experts ont repéré différents points qui incitent à la vigilance dont plusieurs concernent notamment les femmes.

Des objectifs loin d’avoir été réalisés

Les auteurs ont ainsi notamment repéré une progression de la prévalence du risque de déficit en folates sériques chez les femmes en âge de procréer, ce qui constitue une préoccupation au regard de l'augmentation du risque de certaines malformations du tube neural.  Les données présentées par SPF se basent sur les dosages réalisés chez 600 femmes non ménopausées âgées de 15 à 49 ans. Elles indiquent que la prévalence du risque de déficit en folates sériques a quasiment doublé au cours des dix dernières années chez les femmes âgées de 18 à 49 ans passant de 7 % à 13 %. Cette évolution apparaît plus marquée chez les femmes présentant un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat relèvent les responsables de l’étude. Cette situation constitue une contre-performance alors que le Haut conseil de la santé publique avait fixé comme objectif dans le cadre du troisième plan national nutrition santé la réduction « de 30 % au moins, en cinq ans, de la proportion des femmes en âge de procréer ayant un risque de déficit en folates ». Cet état de fait doit encourager la promotion de campagnes de sensibilisation tant auprès des femmes que des professionnels de santé.

Fer : inégalité persistante entre les sexes

Les responsables de ces travaux constatent par ailleurs que 20 % des femmes en âge de procréer présentent une déplétion totale des réserves en fer, 7 % souffrent d’anémie et 4 % d’une anémie ferriprive (majoritairement non traitée). On constate en la matière des différences majeures entre les deux sexes et ce dès le plus jeune âge. Ainsi, 0,6 % des garçons et 13,9 % des filles de 6/17 ans présentent une anémie, tandis que 0,1 % des garçons et 10,4 % des filles de 6/17 ans souffrent d’anémie ferriprive. Le niveau de diplôme de la personne de référence de la famille au sein de laquelle l’enfant est élevé ne paraît guère avoir d’incidence. Chez les adultes, les auteurs remarquent que la prévalence de l’anémie n’a pas connu d’évolutions significatives au cours des dix dernières années, mais les différences constatées concernant le niveau de diplôme paraissent avoir disparu. A contrario, la prévalence de la déplétion des réserves en fer a diminué chez les hommes de 55 à 74 ans, quand elle a progressé chez les femmes ménopausées (passant de 0,4 % à 1,6 %). Ces résultats incitent les responsables de l’étude à inviter les pouvoirs publics à une attention redoublée concernant le dépistage et le traitement de la carence martiale notamment chez les femmes en âge de procréer.

Vitamine D : un statut désormais plus favorable chez les femmes les moins diplômées

Enfin, on retiendra que concernant la carence en vitamine D, la situation s’est améliorée chez les femmes depuis 2006 alors qu’elle s'est détériorée  chez les hommes de 55 à 74 ans. La prévalence du déficit modéré chez les femmes est ainsi passée de 39 % en 2006 à 24 % en 2015 et celle de l’atteinte d’un seuil adéquat en vitamine D a progressé de 19 % à 31 %. Ces évolutions encourageantes concernent notamment les plus âgées et les femmes les moins diplômées. Désormais la situation de ces dernières est plus favorable que celles des plus diplômées en ce qui concerne le seuil adéquat en vitamine D ; une tendance qui témoigne de la réussite des programmes ciblés.

Aurélie Haroche

https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/nutrition-et-activite-physique/documents/rapport-synthese/etude-de-sante-sur-l-environnement-la-biosurveillance-l-activite-physique-et-la-nutrition-esteban-2014-2016-.-volet-nutrition.-chapitre-dosages

Partager l'article :