Épilepsie de la femme : quels risques en cas de grossesse ?

Épilepsie de la femme : quels risques en cas de grossesse ?
L’épilepsie constitue la 3e maladie neurologique la plus fréquente. La complexité de cette pathologie nécessite une prise en charge adaptée. Quels sont les risques de complication chez les femmes enceintes ?

La grossesse chez la femme épileptique n’est pas toujours une simple formalité physiologique. Elle pose des problèmes multiples qui n’ont cependant rien d’insurmontable, dès lors qu’ils sont pris en charge par une équipe pluridisciplinaire bien informée où le neurologue, l’obstétricien et le médecin traitant jouent un rôle stratégique. Les autres intervenants, sages-femmes et psychologues, sont également au premier rang. Quoi qu’il en soit, la plupart des grossesses (plus de 90 %) considérées comme à haut risque se déroulent sans le moindre problème. Une étude de cohorte nationale et rétrospective, du type cas-témoins, réalisée en Finlande permet de mieux appréhender la situation.

Entre 1987 et 2008, ont été incluses 1 737 femmes épileptiques et 4 357 femmes indemnes de cette maladie, ayant toutes accouché au cours de cette période. Les registres nationaux ont permis de recueillir toutes les informations utiles concernant, dans les deux groupes, à la fois les complications, les hospitalisations et les accouchements. Les données ont été traitées par des analyses multivariées reposant sur la loi binomiale.

Les femmes épileptiques ont été plus souvent hospitalisées durant leur grossesse que les témoins. Le risque relatif ajusté (RRa) correspondant était en effet estimé à 1,74 (intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,98 à 3,09). La rupture prématurée de la poche des eaux a également été plus fréquente (RRa=1,75 ; IC95 de 1,14 à 2,69), de même que les contractions prématurées (RRa=1,75 ; IC95 de 1,36 à 2,69).
La même tendance a été observée pour les hospitalisations liées à des infections, soit 1,4 % en cas d’épilepsie maternelle, versus 0,4 % (soit un RRa=3,15 ; IC95 de 1,72 à 5,76). Il y avait aussi une augmentation du taux de césariennes. Aucune différence intergroupe significative n’a été mise en évidence pour ce qui est des accouchements prématurés. En revanche, des différences ont été décelées pour : (1) le risque de faible poids rapporté à l’âge gestationnel (RRa=1,57 ; IC95 de 1,23 à 2,01) ; (2) l’admission en unité de soins intensifs néonataux (RRa=1,66 ; IC95 de 1,39 à 1,97) ; (3) la nécessité d’une ventilation assistée chez le nouveau-né (RRa=2,37 ; IC95 de 1,57 à 3,60).

Cette étude rétrospective montre que la grossesse chez la femme épileptique est associée à un risque indéniable de complications et d’hospitalisations. Cela vaut pour la mère et le fœtus, mais, in fine, les risques relatifs ne sont pas démesurément élevés et, il faut le redire, la plupart du temps, la grossesse et l’accouchement se dérouleront sans problème majeur. Il n’en reste pas moins que ces grossesses restent dans la catégorie à haut risque, en sachant que l’épilepsie revêt diverses formes cliniques (les plus préoccupantes sur le plan neurologique étant le plus souvent les épilepsies temporales réfractaires à la pharmacothérapie). C’est dans ce cas que les problèmes thérapeutiques risquent de peser le plus lourd.

Dr Philippe Tellier

Artama M  et coll. Women treated for epilepsy during pregnancy: outcomes from a nationwide population-based cohort study. Acta Obstet Gynecol Scand 2017 (7 février) : doi: 10.1111/aogs.13109. Publication avancée en ligne.

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