Endométriose et risque de cancers non gynécologiques

Endométriose et risque de cancers non gynécologiques

L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique à tropisme essentiellement pelvien qui frappe environ 10 % des femmes en âge de procréer. Ses mécanismes étiologiques et pathogéniques sont complexes, ce d’autant que trois formes de la maladie peuvent être individualisées : ovarienne, péritonéale et infiltrante profonde. L’endométriose partage avec les affections malignes des caractéristiques voisines, au point que, au cours de ces dernières années, des associations entre ces entités pathologiques ont été activement recherchées.
Une relation significative a pu ainsi être établie entre le cancer de l’ovaire et l’endométriose, tout au moins avec certaines formes histologiques, notamment les adénocarcinomes à cellules claires ou de type endométrioïde. Cependant, les associations avec les autres cancers gynécologiques apparaissent inconstantes d’une étude à l’autre et il en va de même pour les cancers non gynécologiques, même si le mélanome, le lymphome non hodgkinien, les tumeurs cérébrales, rénales et endocriniennes représentent quelques exceptions quoique peu convaincantes.  
A cet égard, une étude finlandaise a recherché des associations entre les trois types d’endométriose précédemment évoqués et le risque de diverses affections malignes non gynécologiques. Dans tous les cas, le diagnostic d’endométriose a été affirmé chirurgicalement et inscrit dans le Finnish Hospital Discharge Register entre 1987 et 2012. Les cancers non gynécologiques ont été identifiés à partir du registre finlandais des cancers.

Des résultats différents selon les tumeurs

Au total, la cohorte a été constituée de 49 933 femmes atteintes d’une endométriose, réparties en trois sous-cohortes, selon la forme histologique de la maladie, lesquelles ont fait l’objet d’une analyse séparée : ovarienne (n=23 210), péritonéale (n=20 187) et infiltrante profonde (n=2 372). Le suivi a été globalement de 838 685 sujets-années, la population générale finlandaise servant de cohorte de référence pour calculer les SIR (standardized incidence ratio) et leurs intervalles de confiance à 95 % (IC) pour chaque affection maligne. Le suivi s’est terminé le 31 décembre 2014, ou avant en cas de décès ou d’émigration.
Globalement, le risque de cancer non gynécologique n’était pas élevé en cas d’endométriose, le SIR étant en effet de 1,03 (IC : 0,98-1,08). Néanmoins, l’endométriose a été associée à une augmentation significative du risque de cancer thyroïdien au sein de la cohorte considérée dans son ensemble (SIR=1,43, IC : 1,23-1,64). Il en a été de même dans les deux sous-cohortes correspondant aux formes ovariennes et péritonéales de la maladie.
A l’inverse, le risque de cancer de la cavité buccale ou du pharynx était plus faible en cas d’endométriose (SIR=0,60, IC : 0,41-0,80) et il en a été de même pour le cancer du pancréas (SIR=0,76, IC : 0,58-0,96). Enfin, l’incidence du carcinome basocellulaire primitif a été plus élevée dans la cohorte considérée dans son ensemble (SIR=1,18, IC : 1,10-1,25) ainsi que dans deux sous-cohortes d’endométriose ovarienne et péritonéale.
En bref, cette étude épidémiologique de grande envergure plaide en faveur de l’absence d’association entre l’endométriose et le risque global de cancer non gynécologique. Toutefois, il semble exister une relation significative entre la maladie et un risque augmenté de cancer thyroïdien ou basocellulaire, ce qui reste à confirmer. La remarque vaut également pour le cancer du pancréas ou certaines lésions malignes de la sphère ORL dont le risque serait… diminué en cas d’endométriose.

Dr Philippe Tellier
Saavalainen L et coll.  A nationwide cohort study on the risk of non-gynaecological cancers in women with surgically verified endometriosis. Int J Cancer 2018. Publication avancée en ligne (le 7 juillet). doi: 10.1002/ijc.31721.

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