En post-partum, il n’y a pas que la dépression

Un certain degré d’anxiété n’est pas rare en période de post-partum et peut être utile pour protéger le nouveau-né contre des événements indésirables. Mais quand il atteint un degré trop élevé, il peut en revanche nuire au développement de l’enfant. Il s’agit toutefois d’un sujet trop souvent négligé. La recommandation du dépistage systématique de la dépression du post-partum a sans doute quelque peu occulté le dépistage de l’anxiété sans dépression. Des travaux ont pourtant montré que près d’une femme sur 3 souffrait d’anxiété du post-partum. Insomnies, agitation, irritabilité, voire attaques de paniques ou encore pensées intrusives en sont les manifestations les plus fréquentes.

Penser à dépister les troubles anxieux

Pour tenter d’améliorer la situation, une équipe états-unienne a expérimenté un protocole de dépistage systématique de l’anxiété après un accouchement. Il était proposé, par les sages-femmes, à toutes les femmes de 11 maternités dans l’immédiat post-partum.
L’objectif de l’étude était d’établir si une version « anxiété » du test EPDS (Edinburgh postnatal depression scale) pouvait être utilisée pour un dépistage systématique. L’EPDS comporte 10 items, dont 3 explorant plus spécifiquement l’anxiété (items 3, 4 et 5). Cette version EPDS-3A a été reconnue comme un outil fiable et reproductible de la mesure de l’anxiété du post-partum. Un score de 6 est considéré comme seuil pour le diagnostic d’anxiété.
Au total, 318 patientes se sont prêtées à cette étude pilote. Parmi elles, 40 (12,58 %) avaient un score de l’EPDS-3A supérieur à 6. Le diagnostic de dépression du post-partum était négatif pour 15 d’entre elles (7 %), avec un score de l’EPDS compris entre 6 et 12, traduisant la présence d’anxiété sans dépression.
Ces résultats confirment l’intérêt d’évaluer de manière systématique et spécifique l’anxiété en observant séparément les 3 items du score EPDS correspondant à l’anxiété. Dans cette cohorte, les troubles anxieux seraient sans doute passés inaperçus si le score de l’EPDS-3 n’avait pas été isolé de celui de l’EPDS, et le score inférieur à 12 aurait mené à la conclusion d’une absence de dépression.
Les sages-femmes ayant participé à cette étude pilote ont approuvé la simplicité du dépistage, confirmant son utilité et sa faisabilité.

Dr Roseline Péluchon

Toler S. et coll.  Screening for postpartum anxiety: A quality improvement project to promote the screening of women suffering in silence. Midwifery 2018 ; 62 : 161-170.