Effet à long terme de la chirurgie bariatrique sur le risque de cancer féminin

Effet à long terme de la chirurgie bariatrique sur le risque de cancer féminin
L’obésité morbide a triplé chez l’homme et doublé chez la femme en l’espace de 40 ans. La chirurgie bariatrique s’impose parfois comme une solution pour diminuer la morbi-mortalité des patients obèses, mais cette stratégie a-t-elle une incidence sur le risque oncologique ?

L’obésité morbide pèse lourd en termes de mortalité et de morbidité, pas uniquement sur le plan cardiovasculaire. Elle est également associée à la survenue de divers cancers, en premier lieu de tumeurs digestives malignes, notamment le carcinome colorectal chez l’homme, et le cancer de l’endomètre et du sein chez la femme. Toutes les lésions malignes ne sont pas concernées et, de fait, seule une douzaine d’associations est établie avec un niveau de preuve suffisant. Quoi qu’il en soit, le problème en santé publique est d’importance, compte tenu de l’incidence de l’obésité à l’échelon mondial, qui, en l’espace de 40 ans, aurait triplé chez l’homme et doublé chez la femme.

Face à l’obésité morbide, maladie chronique à part entière, les grands moyens sont parfois requis en désespoir de cause. C’est là qu’intervient la chirurgie bariatrique qui permet effectivement d’obtenir des succès spectaculaires avec les risques que l’on sait. Cette stratégie a-t-elle une incidence sur le risque oncologique ? C’est à cette question que répond une étude de cohorte du type cas-témoins, dont l’acronyme SOS (Swedish Obese Subjects) indique le pays d’origine. En l’occurrence, les auteurs ont focalisé leur recherche sur les cancers survenus chez la femme.

Deux groupes ont été constitués selon le traitement reçu: (1) chirurgie bariatrique, quelles que soient ses modalités (n=1 447) ; (2) traitement conventionnel (n=1 420). Les participantes (âgées de 37 à 60 ans ; indice de masse corporelle [IMC] ≥38 kg/m2) ont été appariées selon l’âge et l’IMC. La durée médiane du suivi a été de 18,1 années (écart interquartile de 14,8 à 20,9 ans ; maximum : 26 ans) au cours desquelles ont été prospectivement colligés tous les cas de cancer mentionnés dans le Swedish National Cancer Registry.

Au-delà de la correction du poids

La chirurgie bariatrique a été associée à une réduction globale du risque de cancer de 29 % (hazard ratio [HR]=0,71 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,59-0,85 ; p<0,001). Plus de la moitié des cancers étaient spécifiquement féminins, le HR correspondant étant estimé, par rapport au groupe contrôle, à 0,68 (IC95 de 0,52-0,88 ; p=0,004). Pour ce qui est de ces tumeurs gynécologiques, le bénéfice du traitement chirurgical a été significativement associé aux valeurs basales de l’insulinémie (p interaction=0,022). Ce bénéfice a été plus élevé chez les patientes dont les valeurs de l’insulinémie étaient jugées moyennes ou élevées. Des analyses séparées ont été menées en fonction des différents types de tumeurs gynécologiques malignes : c’est pour le cancer de l’endomètre que la chirurgie semble avoir eu l’effet préventif le plus net, avec un HR de 0,56 (IC95 de 0,35 à 0,89 ; p=0,014).

En bref, cette étude à très long terme suggère que les bénéfices de la chirurgie bariatrique ne se limitent pas à la correction du surpoids et du risque cardiovasculaire afférent. Il semble que, chez la femme, cette stratégie diminue le risque de certains cancers, plus particulièrement les tumeurs gynécologiques malignes, a fortiori en cas d’hyperinsulinémie basale.

Dr Philippe Tellier

Anveden Å et coll. Long-term incidence of female-specific cancer after bariatric surgery or usual care in the Swedish Obese Subjects Study. Gynecol Oncol 2017 (1ermars) : pii: S0090-8258(17)30158-0. doi: 10.1016/j.ygyno.2017.02.036. Publication avancée en ligne.

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