Distribution des récepteurs hormonaux et remodelage veineux variqueux chez les femmes préménopausées

Les veines variqueuses sont la forme la plus courante de l’insuffisance veineuse chronique primaire, leur prévalence étant comprise entre 20 et 60 % dans les populations occidentales. Les mécanismes pathogéniques sous-jacents associent un dysfonctionnement valvulaire et une augmentation de la pression veineuse, avec en corollaire une altération des mécanismes qui président au retour veineux actif. De ce fait, les parois vasculaires vont être soumises à des forces biomécaniques intenses qui aggravent les dysfonctionnements macroscopiques. A l’échelon microscopique, ce sont les modifications de la matrice extracellulaire et des composants cellulaires, notamment des cellules musculaires lisses, qui dominent le tableau. Plusieurs études suggèrent que les composants moléculaires essentiels de la matrice extracellulaire pourraient être affectés par les hormones féminines par le biais d’interactions encore mal comprises avec des récepteurs intracellulaires spécifiques présents dans la paroi veineuse. Il est vrai que la prévalence des varices est particulièrement élevée chez la femme, notamment au cours des grossesses.

Une étude immunohistochimique de type cas-témoins

Une étude transversale de type cas-témoins a abordé ces hypothèses sous l’angle immunohistochimique. L’objectif a en effet été de déterminer la présence et la localisation des récepteurs à diverses hormones sexuelles au sein des cellules pariétales de veines saines ou variqueuses, en tenant compte du sexe : estrogènes (ER), progestérone (PR) et androgènes (ARs). Deux groupes ont été constitués : (1) absence d’antécédents de maladie veineuse et donc veines saines (VS) (n=18) ; (2) présence de veines variqueuses (VV) à l’examen clinique (n=40). Quatre sous-groupes ont été constitués en fonction du sexe, toutes les participantes étant en préménopause : (1) femmes VS (n=6) ; (2) hommes VS (n=12) ; (3) femmes VV (n=25) ; (4) hommes VV (n=15). Les biopsies veineuses ont été analysées au moyen de techniques d’amplification génique (RT-qPCR) et immunohistochimiques.
Une augmentation de l’expression des protéines ER et PR a été observée dans toutes les tuniques veineuses dans les VV prélevées chez les femmes. Pour leur part, les AR ont été localisés dans l’adventice des VS et la néo-intima des VV. L’expression de l’ARNm codant pour les récepteurs ER et PR était également élevée dans les VV féminines. En revanche, l’expression de l’ARNm codant pour le récepteur AR était basse dans les VV prélevées chez les hommes.
Ainsi, l’augmentation du nombre des récepteurs hormonaux et leur redistribution au sein des parois veineuses en fonction du sexe méritent d’être pris en compte dans l’approche pathogénique de la maladie veineuse chronique. Le rôle des hormones sexuelles dans le développement des veines variqueuses semble à cet égard probable et les résultats de cette étude cas-témoins plaident en faveur de cette hypothèse.


Dr Philippe Tellier

García-Honduvilla N et coll. Increase and redistribution of sex hormone receptors in premenopausal women are associated with varicose vein remodelling. Oxid Med Cell Longev. 2018 : 3974026. Publication avancée en ligne le 3 septembre. eCollection 2018.