Diabète de type 2 : influence du sexe sur les complications cardiovasculaires

Les maladies cardiovasculaires (MCV) représentent la principale cause de mortalité en Europe, en dépit des progrès thérapeutiques considérables accomplis au cours des 25 dernières années.

Ainsi, un décès sur deux environ leur a été imputable en 2014, les pourcentages variant cependant en fonction du sexe, soit 51 % chez la femme versus 42 % chez l’homme. Dans le même registre, le diabète est également une source importante de mortalité, puisqu’il occupe la 5e place chez la femme et la 9e chez l’homme, avec une prévalence mondiale d’au moins 8 % et des complications cardiovasculaires multiples, qu’il s’agisse de la MCV, de la maladie coronarienne, des accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou encore de l’insuffisance cardiaque (IC). De fait, le diabète majore la mortalité et la morbidité en rapport avec ces dernières, en raison, notamment, d’une augmentation de la prévalence des facteurs de risque cardiovasculaire.

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Face au diabète, il semble bien exister une inégalité des sexes au détriment de la femme pour des raisons multiples, à la physiologiques et thérapeutiques. Ainsi, les données collectées par la Société italienne de diabétologie confirment cette tendance qui serait cependant moins marquée que dans d’autres pays, mais les études publiées sur ce sujet ont abouti à des résultats parfois contradictoires qui tiennent à des biais de sélection ou encore à l’absence de distinction entre les deux types de diabète.

Le vaste registre REDR (Reggio Emilia Diabetes Register), mis en place dans la province de Reggio (Italie) en 2009  échappe à ces critiques et permet de préciser l’impact du sexe sur certaines complications cardiovasculaires majeures du diabète de type 2. Les évènements retenus ont été l’infarctus du myocarde (IDM), l’AVC et l’IC.

Un risque d’infarctus du myocarde plus élevé chez la femme

En pratique, les habitants de la région, âgés de 30 à 84 ans, ont été suivis entre 2012 et 2014. Pour les fins de l’étude, deux groupes ont été constitués et comparés : les sujets non diabétiques et les patients atteints d’un diabète de type 2. Les IRR (incidence rate ratio) attachés aux événements précédemment évoqués ont été calculés avec leurs intervalles de confiance à 95 % (IC) dans le cadre d’une analyse multivariée du type Poisson, en intégrant l’âge et le sexe.

Comme attendu, le diabète de type 2 a été associé à une « surmorbidité » cardiovasculaire par rapport au groupe témoin qui était voisine dans les deux sexes pour ce qui est des AVC (risque X 1,80) et de l’IC (X 2,70). En revanche, le risque d’IDM chez la femme a nettement dépassé celui de l’homme, les valeurs de l’IRR étant en effet respectivement de 2,58 (IC : 2,23-3,00) et de 1,78 (IC : 1,60-2,00), l’interaction entre les deux variables étant statistiquement significative (p<0,0001).

Cette étude de registre a l’avantage d’être peu biaisée, car elle porte sur la population générale d’une région italienne. Elle permet en outre d’individualiser le diabète de type 2 qui semble avoir un retentissement cardiovasculaire en partie tributaire du sexe. Ainsi, le risque d’IDM serait plus élevé chez la femme que chez l’homme, en présence de ce type de diabète. Pour des raisons qui ne coulent pas de source, la fréquence des AVC et de l’IC serait en revanche voisine dans les deux sexes, un paradoxe qui, pour être explicable, mérite assurément une confirmation par d’autres études prospectives.

Dr Philippe Tellier

Ballotari P et coll. Sex Differences in the Effect of Type 2 Diabetes on Major Cardiovascular Diseases : Results from a Population-Based Study in Italy. Int J Endocrinol 2017 (20 février) : ;2017:6039356. doi: 10.1155/2017/6039356. Publication avancée en ligne.