Des relations à explorer entre bronchopathies chroniques de la femme, syndrome des jambes sans repos et douleurs chroniques

Spécialités :
Pneumologie
Mots clefs :

Chez les patients atteints d’une BPCO ou d’un asthme, il semble que la prévalence du syndrome des jambes sans repos (SJR) et des douleurs chroniques (DC) soit plus élevée que dans la population générale. Ces dernières, quand elles sont sévères ou diffuses retentissent négativement sur la qualité de vie. L’hypoxie tissulaire chronique locale contribuerait à la pathogénie de ces douleurs, en modifiant le seuil douloureux.

Le SJR, pour sa part, serait lié à des facteurs génétiques et à des altérations de la transmission dopaminergique centrale, mais l’hypoxie nocturne pourrait également intervenir. Il semble par ailleurs exister une relation étroite entre la sévérité des DC et le SJR, ce qui plaide en faveur d’un chevauchement physiopathologique entre ces conditions qui ont au moins en commun leur chronicité. Autant de notions qui reposent le plus souvent sur des études de cohorte avec des critères de sélection bien définis et restrictifs.

Dans ces conditions, une étude de population ne peut qu’enrichir la réflexion, l’hypothèse de travail étant que les bronchopneumopathies chroniques (BPC), au travers de facteurs de risque associés, favoriseraient à la fois les DC et le SJR.

Il s’agit d’une enquête du type cas-témoins, réalisée chez 2745 femmes âgées de 18 à 64 ans, représentatives de la population générale. Cette étude de population s’est intéressée aux BPC et non la BPCO stricto sensu, ce cadre incluant bronchite chronique sévère, asthme et emphysème. Un questionnaire a été adressé aux participantes afin de préciser : (1) l’existence ou non d’une BPC ou d'une affection apparentée (bronchite sévère, emphysème, asthme) ; (2) les caractéristiques d’éventuelles des DC : sévérité (échelle visuelle analogique de 0 à 10), durée et ancienneté, caractère diffus ou limité ; (3) l’existence d’un SJR défini à partir des critères diagnostiques validés.  Les données anthropométriques et les comorbidités ont été évaluées en tant que covariables dans des analyses univariées et multivariées.
Une BPC  a été ainsi détectées chez 306 participantes (11,1 %) qui ont constitué le groupe des cas, comparé aux témoins représentant le reste de l’échantillon.  
Des DC diffuses ont été décrites par 44,6 % des femmes atteintes de BPC, versus 24,6 % des témoins (p<0,001), ce qui conduit à un odds ratio (OR) de 1,6 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,2-2,2, p < 0,001) dans un modèle avec le maximum d’ajustements. La même tendance a été observée pour ce qui est des DC jugées sévères (EVA ≥ 7), soit 28,8 % vs 15,4 %, p<0,001, OR 1,4, IC, 1,0-1,9, p=0,029. La prévalence du SJR a été estimée à 37,4 % en cas de BPC, versus 23,8 % dans le groupe des témoins (p<0,001). Une analyse multivariée a révélé que les DC étaient associées à une augmentation de 30 % du risque de SJR (OR, 1,3 ; IC, 1,0-1,7 ; p=0,04).
Chez la femme, il apparaît que la BPC constitue un facteur de risque indépendant quant à la survenue de DC et il semble en aller de même pour le SJR. Les mécanismes pathogéniques qui sous-tendent ces associations restent à déterminer.

Dr Philippe Tellier

Ding Z et coll.  Chronic pulmonary disease is associated with pain spreading and restless legs syndrome in middle-aged women-a population-based study. Sleep Breath  2018 (4 juin) : publication avancée en ligne.