Des HPV cutanés sont présents dans la cavité orale

Partager l'article :

Plus de 200 types de papillomavirus (HPV) ont été identifiés. La majorité d’entre eux sont classés en α-HPV, β-HPV ou γ-HPV. Les α-HPV sont considérés classiquement comme muqueux et les β et γ comme cutanés. Ces derniers ont toutefois été constatés en divers sites anatomiques, y compris sur des muqueuses. Approximativement 70 % des cancers oro-pharyngés aux Etats-Unis sont attribués à des HPV, avec une attention presque entièrement focalisée sur les α-HPV à haut risque. Des études cas-contrôles ont pourtant mis en évidence une association entre certains β-HPV ou des γ-HPV et des carcinomes oraux et pharyngés épidermoïdes. La majorité de la littérature sur le lien entre HPV et cancers oro-pharyngés étant consacrée à la responsabilité des α-HPV, les résultats d’une récente étude apporte un éclairage intéressant en précisant l’épidémiologie des β-HPV et γ-HPV dans les muqueuses orales.
Des tests HPV par PCR ont été réalisés sur des rinçages buccaux et des prélèvements d’ongles de 409 femmes âgées de 30 à 50 ans (407 testées pour les β-HPV,  310 pour les γ-HPV et 184 prélèvements d’ongles réalisés).
Les résultats sont édifiants, puisque, dans les rinçages buccaux, des β-HPV sont détectés chez 20,6 % des femmes et des γ-HPV chez 10,7 %. Quelques caractéristiques accompagnent la présence de ces HPV. C’est ainsi que les β-HPV sont plus souvent trouvés chez les femmes déclarant avoir eu plus de 6 partenaires de sexe oral, suggérant, pour la première fois, une probable transmission par voie sexuelle des β-HPV « cutanés ». Les résultats vont dans le même sens avec les γ-HPV, sans toutefois atteindre des valeurs statistiquement significatives.

Une transmission sexuelle possible

Dans cette cohorte, la prévalence des β-HPV était 3 fois supérieure dans les prélèvements d’ongles que dans les rinçages oraux (61,1 %). La détection d’un β-HPV oral était fortement corrélée au risque de trouver le même type de β-HPV dans le prélèvement d’ongle. Ce n’était pas le cas pour le γ-HPV.
Il apparaît donc que les types de HPV cutanés sont communément détectés dans la cavité buccale chez des femmes en bonne santé de 30 à 50 ans. Pour les auteurs, cela laisse penser à une transmission sexuelle possible pour les β-HPV. La présence fréquente du même type de HPV sur les ongles suggère que les mains servent de source de transmission ou d’auto-inoculation pour les β-HPV des cavités orales. Ils estiment que des études longitudinales plus vastes permettraient de mieux connaître l’épidémiologie et l’histoire naturelle des virus HPV cutanés, dont l’implication dans les cancers oraux apparaît de plus en plus évidente.

Dr Roseline Péluchon

Winer RL et coll. Prevalence and correlates of beta and gamma human papillomavirus detection in oral samples from mid-adult women. J Infect Dis 2018. Publication avancée en ligne le 31 octobre. doi: 10.1093/infdis/jiy632.

Source