Dépression pendant la grossesse : la stimulation magnétique transcrânienne efficace ?

Dépression pendant la grossesse : la stimulation magnétique transcrânienne efficace ?

La stimulation magnétique transcrânienne (SMT) répétée a été développée dans le but d’apporter une réponse thérapeutique aux dépressions résistant au traitement médical. Les échecs et les effets indésirables des antidépresseurs peuvent donc conduire à cette approche non pharmacologique de la dépression, cette dernière étant loin d’être rare au cours de la grossesse. En effet, un trouble dépressif majeur (TDM) survient chez environ 10 % des femmes enceintes qui, confrontées à cet état, vont souvent privilégier d’autres moyens thérapeutiques que la pharmacothérapie.

Quelle place accorder à la SMT dans ce contexte ? Alors que les données manquent pour répondre à cette question, un essai randomisé a établi la faisabilité de cette technique et plaide en faveur de son bénéfice thérapeutique potentiel au terme d’une étude menée chez 22 femmes enceintes atteintes d’un TDM installé entre le 2e et le 3e trimestre de la grossesse. Deux groupes ont été constitués par tirage au sort : dans celui traité (n=11), une SMT réelle a été instaurée, cependant que dans le groupe témoin (n=11), cette dernière n’était que simulée. Le protocole a consisté en 20 séances de stimulation à raison de 900 impulsions/séance administrées au niveau de la région dorsolatérale du cortex préfrontal droit à la fréquence de 1 Hz.

Dans l’attente d’une étude de plus grande ampleur

Dans le groupe traité, les scores obtenus sur l’échelle de Hamilton dite HDRS (Hamilton Depression Rating Scale) étaient significativement plus bas (p=0,003 versus le groupe témoin). Le taux de réponses favorables a été de 81,2 % dans le groupe traité et de 45,45 % dans l’autre, mais sans que cela soit statistiquement significatif (p=0,088) ; il en a été de même pour le taux de rémissions (27,27 % versus 18,18 %). Trois naissances prématurées ont été dénombrées dans le groupe traité. Pour ce qui est de la grossesse et de l’accouchement, aucune autre différence intergroupe n’a été mise en évidence.
Cette étude randomisée démontre donc que la SMT à faible fréquence appliquée au cortex hémisphérique droit réduit les symptômes dépressifs chez des femmes enceintes atteintes d’un TDM. La possibilité de déclencher un accouchement prématuré ne peut être écartée, mais d’autres essais sont à l’évidence nécessaire pour atteindre une puissance statistique nécessaire à la détection de différences intergroupe réellement significatives. Les auteurs concluent de fait à la possibilité de recours à la stimulation magnétique transcrânienne en cas de TDM, mais invitent à la réalisation d’une étude multicentrique de plus grande ampleur effectuée permettant d’inclure des patientes pendant toute la grossesse ainsi que des femmes enceintes ayant des antécédents de troubles bipolaires.

Dr Philippe Tellier

Kim DR et coll. Randomized controlled trial of transcranial magnetic stimulation in pregnant women with major depressive disorder. Brain Stimul. 2018. Publication avancée en ligne le 14 septembre. doi: 10.1016/j.brs.2018.09.005.

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