Dépression et douleur peuvent aller de pair mais il n’y a pas de parité !

Spécialités :
Neurologie / Psychiatrie
Mots clefs :

Une équipe de Catalogne (Espagne) a mis à profit une vaste étude épidémiologique réalisée dans treize pays d’Europe (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Italie, France, Pays-Bas, République Tchèque, Slovénie, Suède et Suisse), l’étude SHARE[1], pour obtenir des informations sur « l’association au fil du temps entre la dépression et la douleur, en fonction du sexe ».

La population considérée a comporté 22 280 participants (âgés d’au moins 50 ans), évalués une première fois à leur inclusion dans l’étude, puis deux ans plus tard. Parmi les caractéristiques renseignées, figurent le statut matrimonial (veuvage, séparation, divorce, célibat, union), le statut professionnel (emploi, retraite, chômage, invalidité), la présence éventuelle d’une pathologie anxieuse ou/et de comorbidités (aucune, une, deux ou trois, quatre ou davantage) et la corpulence reflétée par l’indice de masse corporelle (maigreur, normalité, surpoids, obésité).

Davantage de dépressions et de douleurs chez les femmes

Recourant à des modèles par analyse de régression (multivariate binary logistic regression) pour évaluer l’incidence des variables associées, les auteurs observent « des prévalences de la dépression, de la douleur et de leur coexistence plus élevées chez les femmes que chez les hommes ». Plus précisément la prévalence est, pour la dépression, de 34,5 % chez les femmes) versus 20,3 % chez les hommes (OR = 2,1 intervalle de confiance à 95 %, IC, [1,9–2,2]). Pour la douleur, elle est de 60,2 % chez les femmes versus 53,5 % chez les hommes (OR = 1,3, IC, [1,2–1,4] et, enfin, la prévalence de l’association douleur et dépression est de 25,3 % chez les femmes versus 14 % chez les hommes (OR = 2,3, IC, [2,2–2,6]). Une dépression non traitée est volontiers associée à un contexte de douleur, mais l’association à une problématique de douleur chronique ne se révèle alors statistiquement significative que chez les femmes : OR = 1,3, IC,  [1,1–1,6].

Malgré plusieurs limitations (suivi seulement pendant deux ans, manque d’information sur les traitements précis : antidépresseurs, anxiolytiques, analgésiques...), cette étude confirme qu’un contexte de douleurs persistantes peut constituer un facteur de risque de dépression, dans les deux sexes ; et réciproquement (surtout chez les femmes), le traitement d’une dépression peut prévenir la persistance d’un tel contexte de douleurs.

[1]Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe (Enquête sur la santé, le vieillissement et la retraite en Europe) : http://share.dauphine.fr/

Dr Alain Cohen

Laia Calvó-Perxas et coll. : Gender differences in depression and pain: A two year follow-up study of the Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe. J Affect Disord., 2016 ; 193 : 157–164.