Dépression du post-partum ou fatigue ? Un vrai casse-tête

La dépression du post-partum a fait l’objet de nombreux travaux et son dépistage est maintenant de pratique courante. Toutefois, de nombreuses femmes se plaignent aussi de fatigue pendant cette période. C’est ainsi que la dépression maternelle et les symptômes de fatigue sont tous deux très souvent présents, isolément ou en association, pendant les deux années suivant un accouchement. Selon certains travaux, de 10 à 20 % des jeunes mères présenteraient des symptômes de dépression et de 40 à 60 % des symptômes de fatigue. Le comportement du nourrisson, ses pleurs inconsolables, les réveils nocturnes sont aussi à l’origine de troubles du sommeil. Ceux-ci engendrent de la fatigue, mais peuvent aussi être révélateurs d’une dépression. La fatigue étant l’un des critères du DSM-5 pour la dépression, il se produit inévitablement un chevauchement entre les deux items.
Fatigue et dépression sont donc deux entités différentes, mais en lien l’une avec l’autre et plus ou moins étroitement intriquées. Ceci est de facto à l’origine de difficultés diagnostiques.
Une équipe australienne a cherché à préciser la démarche de diagnostic la plus adaptée pour déterminer si une patiente, consultant en post-partum pour obtenir de l’aide, présente une dépression du post-partum ou une fatigue isolée. L’objectif était de déterminer si dépression du post-partum et fatigue faisaient partie de la même entité et pouvaient être diagnostiquées comme une seule pathologie ou s’il était plutôt indiqué de les dépister séparément.

Deux entités distinctes et modérément corrélées

Au total, 167 femmes, consultant pour des difficultés psychologiques et des symptômes de fatigue relatifs au comportement de leur nourrisson, ont accepté de compléter un questionnaire d’évaluation de la dépression, DASS21-D, un autre pour la fatigue, FFS, ainsi qu’un dernier évaluant leur sommeil.
Les résultats suggèrent qu’il est préférable de réaliser le dépistage de la dépression du post-partum et celui de la fatigue séparément. Il s’agit en effet, selon les données de cette étude, de deux entités distinctes et modérément corrélées l’une à l’autre. Cela est vrai même si les patientes font état d’une détresse psychologique importante et d’un niveau de fatigue élevé. L’étude confirme de plus que la qualité du sommeil influe considérablement à la fois sur la dépression et sur la fatigue.
Il apparaît donc nécessaire que les praticiens parviennent à déterminer si les troubles présentés par une patiente, épuisée par le comportement du nourrisson, les soins à lui prodiguer et la vie professionnelle, sont liés à des symptômes dépressifs, ou à la fatigue, ou aux deux. Les femmes qui souffrent de fatigue, mais pas de dépression, pourront en effet bénéficier d’interventions pour mieux gérer cette fatigue, plus adaptées que des traitements médicamenteux. Des programmes d’aide aux parents ont montré, dans ce cadre, leur efficacité pour les aider à surmonter les problèmes de comportement du nourrisson et leur fatigue.

Dr Roseline Péluchon

Wilson N. et coll.  Related but different: distinguishing postpartum depression and fatigue among women seeking help for unsettled infant behaviours. BMC psychiatry 2018 ; 18 : 309.

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