Dépôt de protéine β-amyloïde : influencé par le régime alimentaire ?

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Le régime alimentaire pourrait jouer un rôle substantiel dans la pathogénie et l’expression clinique de la maladie d’Alzheimer (MA). La confirmation de cette hypothèse ouvrirait à l’évidence des perspectives dans la prévention non pharmacologique de cette affection neurodégénérative. Selon une méta-analyse récente, il existe d’ailleurs une association entre le régime alimentaire et l’incidence de la MA, mais sans preuve d’un lien de causalité. L’une des signatures moléculaires de la MA est le dépôt de protéine β-amyloïde au niveau du cortex associatif postérieur et une seule étude a établi in vivo une association inverse entre ce signe spécifique et la composition des repas, notamment leur teneur en graisses et en aliments caractérisés par un index glycémique élevé.
Le risque de MA apparaît plus élevé chez la femme, alors que la plupart des études épidémiologiques portent sur des cohortes où le sexe masculin prédomine. Une étude australienne vient compenser ce déséquilibre, puisqu’elle n’a inclus que des sujets de sexe féminin au nombre de 115, sélectionnées parmi les participantes du Women's Health Aging Project. Le dépôt de protéine β-amyloïde a été évalué au moyen d’une tomoscintigraphie par émission de positons (TEP), le radiopharmaceutique utilisé étant le florbétabène marqué par le fluor 18 et injecté par voie IV. La captation de ce dernier, au sein du cortex associatif postérieur a été estimée de manière semi-quantitative.

Quatre types d’alimentation comparés

L’âge moyen des participantes a été estimé à 70 ans (±2,63). Le nombre d’années d’éducation était en moyenne de 13±3,57 et l’indice de masse corporelle moyen de 28 kg/m2 (±5,46). La consommation énergétique quotidienne, pour sa part, a été évaluée en moyenne à 5 161 kJ (±1 679,03). Quatre types de régime ont été identifiés au moyen d’enquêtes alimentaires : riche en graisses, méditerranéen, « malbouffe » et pauvre en graisses. Une association significative a été mise en évidence entre le régime dit « malbouffe » et le dépôt cérébral de protéine β-amyloïde (β=0,10, p= 0,03).
Cette étude transversale plaide ainsi en faveur d’une hypothèse actuelle qui établit un lien entre l’hygiène alimentaire et les maladies neurodégénératives, au premier rang desquelles figure la MA. La « malbouffe » serait un facteur favorisant. Des régimes à la fois plus équilibrés et plus sains, pauvres en graisses et en aliments à index glycémique élevé, pourraient avoir un effet neuroprotecteur… Ce qui reste néanmoins à démontrer à l’aide d’autres études utilisant certes des biomarqueurs comme le 18F-florbétabène, mais aussi des critères cliniques représentatifs des fonctions cognitives.

Dr Philippe Tellier

Hill E et coll. Dietary patterns and β-amyloid deposition in aging Australian women. Alzheimers Dement (N Y). 2018 ; 4 : 535-541.

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