De plus en plus d’adolescentes maigres en France

De plus en plus d’adolescentes maigres en France

La nutrition est un déterminant majeur de la santé et ses dérèglements pèsent lourd en termes de morbidité et de mortalité à l’échelon de la population mondiale. A cet égard, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a largement souligné la dimension épidémique de l’obésité et du surpoids, au point de susciter des politiques de santé publique spécifiques dans les nombreux pays concernés. C’est dans cette optique que s’inscrit résolument le programme dit PNNS (Programme National Nutrition Santé) mis en place en France dès 2001 par le ministère de la Santé. Son objectif prioritaire est en effet de réduire la prévalence de l’obésité et du surpoids à l’échelon national. Un article publié dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire du 13 juin 2017 permet de juger de l’évolution de la corpulence des enfants et adultes (6-74 ans) entre 2006 et 2015. Les données proviennent en fait de deux études transversales, respectivement ENNS-2006 (Étude Nationale Nutrition Santé) et Esteban-2015 (Étude de SanTé sur l’Environnement, la Biosurveillance, l’Activité physique et la Nutrition), représentatives de la population française. Les mesures anthropométriques ont été réalisées selon les procédures standardisées de l’OMS et la corpulence a été estimée au moyen de l’IMC (indice de masse corporelle), selon des seuils définis en 2012 chez l’enfant par l’International Obesity Task Force (IOTF).

La comparaison 2006-2015 objective une stabilité de la prévalence du surpoids et de l’obésité, chez les adultes (49 %) comme chez les enfants (16 % chez les filles et 18 % chez les garçons). Aucune évolution significative ne se dessine pour ce qui est de l’excès pondéral, mais les chiffres n’en restent pas moins élevés. Le fait nouveau qui mérite d’être retenu et souligné, c’est l’augmentation de la prévalence de la maigreur chez les filles. Elle est ainsi passée de 8,0 % (IC95 % : 5,6-11,3) en 2006 à 14,0 % (10,4-18,7) en 2015 (p<0,01). Chez les garçons, la variation (8,6 % [5,8-12,5] vs 11,5 % [8,3-15,6]) n’est pas statistiquement significative.

Quatre adolescentes sur dix ont un poids anormal

L’analyse en fonction des classes d’âge révèle, pour sa part, que l’augmentation de la prévalence de la maigreur atteint un pic chez les filles de 11-14 ans, puisqu’elle passe de 4,3 % (1,7-10,6) en 2006 à 19,6 % (12,7-29,2) en 2015 (p<0,001), soit en l’espace d’une décennie. Dans cette tranche d’âge, elle est multipliée par près d’un facteur cinq, ce qui met en exergue les conséquences psychosociologiques d’un certain culte de la minceur largement alimenté par les médias certes, mais aussi et surtout par les réseaux sociaux. In fine, il apparaît que seules six adolescentes, âgées de 11 à 14 ans, sur dix ont un poids normal : près de 2 sur 10 sont trop maigres et 2 sur 10 sont en excès pondéral.

Mais il est vrai que le vrai scoop, c’est une espèce de banalisation de la maigreur chez des adolescentes de plus en plus jeunes, une tendance lourde qui est une vraie surprise en termes de chiffres. Il faut en prendre conscience sans dramatiser, car dans la majorité des cas, il s’agit d’une maigreur « débutante », l’IMC du sujet concerné étant juste au-dessous de la valeur moyenne jugée normale pour la tranche d’âge. La dérive doit cependant être évitée, ce qui n’est pas une « mince » affaire, car la pression des réseaux sociaux ou encore des blogs omniprésents, colporteurs de défis en tout genre, est énorme chez les adolescentes… La vigilance est de mise et tous les acteurs du système de santé alertés : le spectre d’une épidémie d’anorexie mentale devrait rester un spectre, mais n’est-ce pas l’occasion d’ajouter un volet ou une autre dimension au PNNS qui prendrait en compte cette menace nouvelle ? La question mérite d’être posée.

Dr Philippe Tellier

Verdot C et coll. Corpulence des enfants et des adultes en France métropolitaine en 2015. Résultats de l’étude Esteban et évolution depuis 2006. Bull Epidémiol Hebd. 2017 ; (13) :234-241. http://invs.santepublique france.fr/beh/2017/13/2017_13_1.html

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