De l’influence du sexe du donneur de sang et des grossesses antérieures sur la mortalité du receveur

De l’influence du sexe du donneur de sang et des grossesses antérieures sur la mortalité du receveur

Les caractéristiques des donneurs de sang, tels que l’âge, le sexe ou encore les antécédents de grossesses, et leur impact sur la survie des receveurs ont fait l’objet d’études qui ont abouti à des résultats discordants. Des mécanismes immunologiques comme la présence d’anticorps ont été invoqués pour expliquer les complications transfusionnelles observées dans certaines cohortes, en termes de mortalité, quand le receveur de sexe masculin bénéficiait d’une transfusion provenant d’un donneur de sexe féminin. Ces résultats n’ont cependant pas convaincu et, pour y voir plus clair, il manquait à l’évidence des études plus puissantes sur le plan statistique.
Trois études de cohorte rétrospectives ont été mises à contribution, à partir de vastes bases de données constituées aux Etats-Unis et en Scandinavie : (1) La Kaiser Permanente Northern California [KPNC] et la Recipient Epidemiology and Donor Evaluation Study-III [REDS-III] : consultées entre janvier 2013 et  décembre 2016 ; (2) la base Scandinavian Donations and Transfusions [SCANDAT], consultée entre janvier 2003 et décembre 2012. La fin du suivi a été fixée au 31 décembre 2016 pour les cohortes KPNC et REDS-III et au 31 décembre 2012 pour la cohorte SCANDAT. Les données ont été traitées au moyen du modèle par régression de Cox, afin d’évaluer les associations entre l’exposition aux donneurs et la mortalité hospitalière, un ajustement prenant en compte le nombre unitaire de transfusions de globules rouges (unités transfusées). Les situations suivantes ont fait l’objet d’une attention particulière avec, dans chaque cas, relevé du nombre de transfusions : donneur de sexe féminin, avec ou sans antécédent de grossesse, discordance entre le sexe du donneur et du receveur (donneur de sexe féminin/receveur de sexe masculin ou vice versa).

Des données rassurantes

Les trois cohortes regroupaient au total plus d’un million de participants (n=1 047 382) ainsi répartis : (1) KNPC (n=34 662, âge moyen : 69 ans ; 18 652 femmes [54 %] ; (2) REDS-III (n=93 724 patients, âge moyen : 61 ans ; 48 348 femmes [52 %] ; (3) SCANDAT (n= 918 996, âge moyen : 72 ans ; 522 239 femmes [57 %]. Le nombre médian d’unités transfusées a été de 3 dans la cohorte KNPC versus 2 dans la cohorte REDS-III et 3 dans la cohorte SCANDAT.

Pour les trois cohortes, l’exposition aux trois situations supposées à risque, exprimée en pourcentage de transfusions, était variable : (1)  donneurs du sexe féminin : entre 39 % et 43 % ; (2) antécédents de grossesse : 9 % à 25 % ; (3)  discordance entre le sexe du donneur et du receveur : 44 % à 50 %.

Le nombre de patients décédés en milieu hospitalier s’est élevé à 3 217 dans la cohorte KPNC versus, respectivement, 8 159 et 198 537 dans les cohortes REDS-III et SCANDAT.

Aucune association statistiquement significative n’a été mise en évidence entre les trois formes d’exposition précédemment décrites et la mortalité hospitalière au sein des trois cohortes. Ainsi, le hazard ratio correspondant, estimé par unité transfusée dans le cas de donneurs du sexe féminin, a été voisin de l’unité, quelle que soit la cohorte : (1) KNPC : HR=0,99 (IC95% : 0,96-1,03) ; (2) REDS-III : HR=1 (IC95% : 0,99-1,01) ; (3) SCANDAT : HR=1 (IC95% : 0,99-1,00). Des valeurs similaires ont été trouvées dans les deux autres formes d’exposition, qu’il s’agisse des antécédents de grossesse ou d’une discordance entre le sexe du donneur et du receveur.

Ces données, qui émanent de trois études de cohorte rétrospectives regroupant plus d’un million de participants, sont donc rassurantes. Il ne semble pas y avoir d’association entre le sexe du donneur et du receveur, d’une part, la mortalité hospitalière, d’autre part. Ni les antécédents de grossesse ni la discordance entre le sexe de l’un et de l’autre n’influent sur cette mortalité.


Dr Philippe Tellier

Edgren G et coll. Association of blood donor sex and prior pregnancy with mortality among red blood cell transfusion recipients. JAMA 2019 ; 321 : 2183-2192.

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