De l’impact du don du sang sur les performances physiques et les variables hématologiques de la femme

Spécialités :
Environnement - Mode de vie - Société
Mots clefs :
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Chez la femme, aucune étude ne s’était jusqu’ici penchée sur les conséquences du don du sang sur les performances physiques, alors que, en raison des menstruations, il est attendu que sa récupération d’un niveau de performance soit plus lente. Des auteurs danois, ont cherché à clarifier dans quelle mesure après un don du sang de 450 ml chez 18 femmes, la performance physique et la capacité de récupération (évaluée d’après le pic de VO2 et une épreuve contre la montre de 3 km) et d’autres variables hématologiques (hémoglobine, ferritine, érythropoïétine, 2,3-diphosphoglycérate, etc.) sont affectées. Tous ces paramètres ont été mesurés à l’état de base et à J3, J7, J14, J21 et J28 après le don du sang. Les données anthropométriques ont été recueillies avant le don du sang et à J28. N’ont été retenues que les donneuses de sang régulières, âgées de 20 à 45 ans, courant au moins deux fois par semaine, indemnes de toute pathologie cardiovasculaire, non carencées en fer (ferritinémie plasmatique >30 mg/l), à l’IMC compris entre 18 et 30 kg/m2. En accord avec la régulation danoise sur les donneurs de sang, les contraceptifs oraux et les dispositifs intra-utérins étaient autorisés. Afin de s’assurer d’un taux normal de ferritine de base, les femmes avaient reçu une supplémentation martiale.

Bon sang ne saurait mentir

Le pic de VO2 s’est abaissé de 7,5±1,1 %, passant d’un niveau initial de 2 973±87 ml/min à 2 765±73 mL/min à J3 et ne reprenant sa valeur de base qu’à J28. La performance à l’épreuve contre la montre a chuté de 5,2±1,0 %, de l’état de base (868±31 secondes) à J3 (915±29 secondes) pour revenir à la normale à J14. Le taux d’hémoglobine a diminué de 7,6±2,1 %, passant de 13,5±0,2 à 12,6±2 g/dl à J3. La ferritinémie, dont le niveau de départ était de 58±7 mg/l, a chuté jusqu’à un nadir de 24±3 mg/l à J28 et était encore basse à J90 (36±4 mg/l). Le taux de fer était abaissé de 41±16 % à J7 et est revenu à la normale à J21. A J3, le taux d’érytropoïétine était augmenté de 40±6 %. Le taux de réticulocytes est passé par un pic à J7 (+29±11 %) pour revenir à la normale à J21, alors que le nombre d’hématies a diminué de 8±2 % à J3 pour revenir à la normale à J14. En revanche, le taux de 2,3-diphosphoglycérate, le volume corpusculaire moyen, le nombre de leucocytes et la protéine C réactive ultrasensible n’ont jamais été affectés. Enfin, tout au long de l’étude, le poids corporel et la masse maigre n’ont pas varié alors qu’il a été noté une légère diminution de la masse grasse à J28. Toutes les femmes ont eu leurs menstruations pendant les 4 semaines de durée de l’étude, mais jamais au cours de la première semaine suivant le don du sang. Comme chez l’homme, chez la femme à l’activité physique régulière et sans carence martiale, la performance physique objectivée par une épreuve contre la montre se normalise au bout de 2 semaines et le taux d’hémoglobine ne revient à la normale que 4 semaines après un don du sang. A la différence de l’homme, le pic de VO2 ne se normalise que plus tardivement, à la 4e semaine. Faut-il n’y voir que l’effet d’un prélèvement sanguin important (450 ml) sur une masse corporelle moindre, en sus de l’influence d’autres facteurs, notamment hormonaux ?

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Stangerup I et coll. Temporary impact of blood donation on physical performance and hematologic variables in women. Transfusion 2017 ; 57 : 1905-1911.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]