De la dialyse à la liste d’attente de greffe, quelques discriminations ?

De la dialyse à la liste d’attente de greffe, quelques discriminations ?
Selon une analyse d'une cohorte de 11 633 adultes dialysés, les patientes obèses auraient 34% de chances en moins de parvenir à une greffe de rein que les femmes de poids normal alors que les bénéfices sont les mêmes en terme de survie...

De récentes recommandations excluaient l’idée d’un seuil limite d’indice de masse corporelle (IMC) pour l’inscription en liste d’attente pour une greffe de rein. Elles indiquaient notamment que l’obésité ne devrait pas être un obstacle à la transplantation.
Des enquêtes ont pourtant montré une relation inverse entre l’IMC et l’éventualité d’une greffe de rein, certaines de ces études relevant aussi une interaction entre le genre et l’obésité dans l’accès à la greffe. Les données sont toutefois peu nombreuses concernant l’impact de l’obésité sur le cheminement d’un patient atteint d’insuffisance rénale sévère, de la dialyse à la liste d’attente.

Pour en savoir plus, une équipe australienne a analysé les données des registres des dialyses et des transplantations, portant sur une cohorte de 11 633 adultes dialysés, candidats potentiels à une greffe de rein. Un sur 3 environ a finalement été inscrit sur une liste d’attente. Pour les 38 % de patients obèses composant la cohorte, la probabilité d’être admis dans la liste d’attente est inférieure à celle des patients non obèses (HR ajusté 0,66 ; 95 % CI 0,58 à 0,76). Mais les inégalités ne s’arrêtent pas là puisque l’impact de l’obésité sur la possibilité d’intégrer la liste d’attente est encore accru par le sexe.

Moins d'inscription pour les obèses et pour les femmes

Les femmes obèses ont en effet 34 % de chances en moins d’y parvenir que les femmes de poids normal, contre 14 % en moins pour les hommes obèses par rapport aux hommes de poids normal. En revanche, une fois inscrits sur la liste d’attente, les patients ont tous la même probabilité de bénéficier d’une transplantation (HR 1,10 ; 95 % CI 0,97 à 1,24), sans distinction de sexe ou de poids.
Les auteurs remarquent que ces différences d’accès aux listes d’attente ne sont pas facilement explicables. En ce qui concerne le poids, la « discrimination » paraît en effet en contradiction avec les résultats des travaux qui montrent que les bénéfices de la greffe sont les mêmes en terme de survie, quelque soit le poids du patient. Quant à la différence selon les sexes, des inégalités du même ordre sont observées dans d’autres domaines de la santé, avec par exemple les femmes ayant un accès plus limité aux interventions cardio-vasculaires et à la dialyse. Pour les auteurs, de nombreuses barrières peuvent expliquer ces différences, parmi lesquelles le fait que le pouvoir de décision médicale est encore fortement détenu par les hommes.

Dr Roseline Péluchon

Ladhani M. et coll. : Obesity and gender-biased access to deceased donor kidney transplantation. Nephrol Dial Transplant (2019) 1–6

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