Consommation de cannabis chez les femmes vétérans américaines

Spécialités :
Addictions
Mots clefs :
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L’usage de cannabis est associé à toute une série de troubles, aigus ou chroniques : troubles de la mémoire et de l’apprentissage, risque accru de déclin cognitif, pathologies somatiques (ex : bronchite chronique) ou mentales (ex : exacerbation des symptômes psychotiques), déficiences psychosociales, consommation d’autres substances…
Le Department of Veterans Affairs (DVA) a identifié la consommation d’alcool et de drogues comme un important problème et une priorité de recherche chez les femmes, l’un des groupes de la population des anciens combattants des États-Unis qui croît le plus rapidement. Par ailleurs, les données épidémiologiques suggèrent que la consommation de cannabis a augmenté chez les femmes civiles dans les pays de l’Union européenne et aux États-Unis au cours de la dernière décennie avec une prévalence estimée en 2001-2002 à 2,6 % et en 2012-2013 à 6,9 %.
Les données nationales sur la consommation de drogues ont révélé que 3,5 % des hommes et des femmes vétérans ont déclaré avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois, la prévalence étant presque quatre fois plus élevée (11 %) parmi les vétérans âgés de 21 à 34 ans.

Une étude a donc fort logiquement porté sur la prévalence de la consommation régulière de cannabis au cours de l’année écoulée – soit au moins une fois par mois – chez les vétérans femmes, visant à caractériser celles qui déclarent un tel niveau de consommation et à déterminer les contributions indépendantes des traumatismes sexuels tout au long de leur vie sur leur consommation régulière de cannabis. Pour ce faire, une enquête nationale en ligne a été menée chez les femmes travaillant pour les forces armées américaines, âgées de 18 ans ou plus et vivant aux États-Unis (n=636), en ciblant particulièrement celles qui étaient homosexuelles ou bisexuelles.

Davantage chez celles qui ont subi des traumatismes sexuels

Onze pour cent d’entre elles ont déclaré consommer régulièrement du cannabis (5 % de femmes hétérosexuelles ; 21 % de femmes homosexuelles ou bisexuelles). En analyse bivariée, l’identification en tant que minorité ethnique sexuelle et/ou raciale, l’âge plus jeune, le fait d’être célibataire, de déclarer un revenu plus faible, de recevoir une aide du DVA, le tabagisme et la consommation abusive d’alcool ont été associés positivement à la consommation régulière de cannabis. De plus, les consommatrices de cannabis ont plus souvent déclaré avoir subi des traumatismes sexuels pendant l’enfance et à l’âge adulte et avoir subi un dépistage du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), comparativement à leurs paires qui ne consommaient pas de drogues. En analyse multivariée, le nombre de femmes ayant subi un traumatisme sexuel à quelque époque de la vie était associé de façon significative à la consommation régulière de cannabis, même en tenant compte des variables démographiques et des symptômes du SSPT.
Et les auteurs de conclure que dépistage et évaluation doivent être menés dans les établissements de soins de santé desservant cette population d’anciens combattants, afin de mettre en place rapidement une prise en charge adaptée.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Browne KC et coll. Regular past year cannabis use in women veterans and associations with sexual trauma. Addict Behav. 2018. Publication avancée en ligne (10 avril). doi:10.1016/j.addbeh.2018.04.007.