Comment neutraliser ou atténuer un risque très élevé de diabète de type 2 chez la femme

La prévention du diabète de type 2 passe par l’identification précise de ses facteurs de risque les plus importants. Dans de nombreux cas, il est vrai que certains facteurs délétères peuvent être plus ou moins aisément corrigés par des modifications du mode de vie, qu’il s’agisse du surpoids, des écarts de régime ou encore de la sédentarité. Il est d’ailleurs admis que la maladie est en très grande partie (jusqu’à 91 %) attribuable à la conjonction de ces facteurs de risque, au point que divers scores adaptés sont de plus en plus utilisés dans les campagnes de dépistage ou de prévention.
Force est de constater que ces outils restent insuffisamment utilisés dans la pratique médicale courante, alors qu’ils devraient permettre d’identifier précocement les patients exposés à un risque élevé de diabète de type 2 et de mettre en place ou d’optimiser les stratégies thérapeutiques préventives, dans les conditions de la vie réelle. Le propos est illustré par l’étude d’observation  française dite E3N (Etude épidémiologique de femmes de la Mutuelle générale de l'éducation nationale) dans laquelle ont été incluses, en 1990, 98 995 femmes âgées de 40 à 65 ans. Il faut préciser qu’aucun programme de dépistage du diabète n’a été spécifiquement mis en place, mais que le diagnostic de la maladie a été affirmé au moyen d’un algorithme validé.  
Par ailleurs, les habitudes alimentaires des participantes ont été évaluées au moyen d’un questionnaire semi-quantitatif rempli en 1993 et adapté aux particularités françaises, notamment le suivi d’un régime dit occidental, par opposition au régime méditerranéen. Entre 1995 et 2014, 402 femmes ont été identifiées et suivies, du fait d’un risque très élevé de diabète de type 2, selon les résultats du score élaboré dans le cadre de l’étude DESIR (Données épidémiologiques sur le syndrome d’insulinorésistance). L’objectif a été d’identifier les facteurs de risque les plus à même d’éviter l’évolution vers le diabète de type 2.

Un régime sain et riche en antioxydants

Chez 117 participantes (29 %), la maladie est apparue au terme du suivi (soit en 2014), alors que chez 285 d’entre elles (71 %), cette évolution a pu être évitée. Un arbre de décision a permis d’identifier le facteur le plus étroitement associé à cette dernière éventualité : il s’agit en l’occurrence du score positivement corrélé au régime dit occidental. Une valeur faible a été ainsi associée à l’absence de progression vers le diabète de type 2, ce qui a été le cas de 20 % des femmes concernées contre 29 % au sein de la cohorte considérée dans son ensemble. En cas de score modéré ou élevé, une variable a néanmoins permis de minimiser le risque en question : il s’agit de la capacité antioxydante alimentaire totale dont les valeurs très élevées se sont révélées bénéfiques, puisque seulement 26 % des participantes concernées ont développé un diabète de type 2.
En bref, quand le risque de diabète de type 2 apparaît très élevé, il semble important de délaisser les habitudes alimentaires inhérentes au régime alimentaire occidental et de privilégier les nutriments riches en antioxydants. Cette étude permet de souligner, au passage, l’importance d’un régime sain dans la prévention du diabète de type 2 chez les sujets à très haut risque.

Dr Philippe Tellier
Fagherazzi G et coll. Determinants of 20-year non-progression to type 2 diabetes in women at very high risk: the E3N cohort study. Diabet Med 2018. Publication avancée en ligne (le 6 juillet). doi: 10.1111/dme.13774