Comment le comportement pro-social vient aux enfants

Comment le comportement pro-social vient aux enfants
Quels facteurs cognitifs et émotionnels participent au développement de l’altruisme chez les enfants ? Comment le genre influence-t-il l’empathie ou nos capacités à prédire et comprendre l’action de nos pairs ?

En sociologie, le comportement pro-social est un acte volontaire réalisé dans le but d’en faire bénéficier autrui, dirigé notamment vers des personnes inconnues ou en difficulté. Ce type de comportement a été associé à une variété de conséquences positives, comme le fait d’être accepté socialement ou d’acquérir de la popularité auprès des pairs. Les spécialistes de la psychologie du développement ont établi un ensemble de facteurs jouant un rôle fondamental dans la perception, l’évaluation et le traitement des stimuli sociaux, chez les enfants et les adolescents. Ces facteurs appartiennent aux domaines de l’attention et des fonctions exécutives, de la communication et des facultés socio-émotionnelles.
Une équipe italienne a vérifié la contribution de 4 facteurs, dans le comportement pro-social de 240 enfants de 8 à 11 ans (127 garçons et 113 filles). La préoccupation empathique, la prise de perspective, le langage réceptif (compréhension du langage entendu) et la théorie de l’esprit (c’est-à-dire la capacité à attribuer des états mentaux à soi-même et aux autres) ont été évalués chez ces enfants et leur contribution dans les comportements pro-sociaux ont été estimés.

Des compétences différentes selon le sexe

Trois de ces quatre compétences socio-cognitives ont en effet des effets positifs directs sur le comportement pro-social. Il s’agit de la préoccupation empathique, de la prise de perspective et de la théorie de l’esprit. Ces résultats doivent toutefois être nuancés selon le genre, puisque les effets de la théorie de l’esprit et de la prise de perspective ne sont significatifs que chez les garçons. En revanche, la relation entre la préoccupation empathique et le comportement pro-social est la même chez les garçons et les filles.
Les auteurs notent aussi que la préoccupation empathique intervient selon un rôle de médiateur dans la relation entre la prise de perspective et le comportement pro-social. Quant au langage réceptif, il n’est pas sans intérêt, mais son effet sur le comportement pro-social est indirect, en augmentant l’aptitude à la théorie de l’esprit.
D’un point de vue pratique, ces résultats suggèrent que les interventions visant à améliorer les comportements pro-sociaux chez les enfants devraient cibler des compétences socio-cognitives différentes chez les garçons et les filles. Améliorer la préoccupation empathique peut avoir des conséquences positives à la fois chez les filles et les garçons, tandis que seuls les garçons semblent tirer avantage de programmes stimulant les capacités d’intelligence sociale « froide », comme la prise de perspective et la théorie de l’esprit. Il apparaît aussi que ces programmes devraient viser à améliorer à la fois les composants cognitifs et affectifs de l’empathie. Quant à l’amélioration des ressources linguistiques, elle pourrait avoir des conséquences positives sur la compétence à la théorie de l’esprit, voire des effets plus larges sur l’implication des enfants dans les interactions sociales et leur tendance à avoir des comportements pro-sociaux. Cela devra être confirmé par de futurs travaux.

Dr Roseline Péluchon

Longobardi E et coll. Direct and indirect associations of empathy, theory of mind, and language with prosocial behavior: Gender differences in primary school children. J Genet Psychol. Publication avancée en ligne le 28 août. doi: 10.1080/00221325.2019.1653817.

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