Comment évaluer les dysfonctionnements sexuels au cours des maladies neurologiques ?

Psychiatrie - Addictions
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Les dysfonctionnements sexuels des femmes atteintes d’un trouble neurologique ne sont pas toujours l’objet de beaucoup d’attention. Leur prévalence et leur impact sont pourtant loin d’être négligeables. Une étude récente montrait que 85 % des femmes atteintes de sclérose en plaques (SEP) signalaient souffrir d’au moins 1 symptôme de dysfonction sexuelle. Les auteurs notent que la prévalence de ces troubles accompagnant les maladies neurologiques chroniques semble supérieure à ce qu’elle est au cours d’autres pathologies chroniques, peut-être du fait du plus jeune âge des patientes à l’apparition des symptômes.
Pourtant, 6 femmes sur 10 disent n’avoir jamais abordé le sujet avec leur médecin, même quand elles considèrent que cela constitue pour elles un handicap. Si une importante littérature existe sur le sujet du lien entre dysfonctionnement sexuel et les diverses maladies neurologiques, il semble toutefois que l’évaluation précise de ces troubles, première étape pour leur prise en charge, reste peu effectuée.
Ce constat a incité une équipe internationale à réaliser une revue de la littérature traitant des outils disponibles pour évaluer le dysfonctionnement sexuel de femmes atteintes de SEP, de lésion de la moelle épinière, de maladie de Parkinson, d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou de lésion cérébrale traumatique. De cette revue, se détachent trois types de méthodes fiables, qui peuvent être utilisées pour le diagnostic et le suivi de la réhabilitation : l’évaluation physiologique des réflexes et le testing de la sensibilité du périnée, les questionnaires concernant la fonction et la satisfaction sexuelles et, enfin, l’évaluation électrophysiologique.

Trois méthodes fiables

L’évaluation physiologique des réflexes a été principalement étudiée chez des patientes atteintes de SEP, notamment la recherche des réflexes sacrés et de la charnière dorso-lombaire, complétée par l’examen de la sensibilité vulvaire, particulièrement essentiel avant une rééducation chez les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière.
Plusieurs autoquestionnaires ont été élaborés, adaptés aux différentes pathologiques neurologiques. Le Spinal cord injury women questionnaire (SCIWQ), en 104 items, a été construit spécifiquement pour les femmes atteintes d’une lésion de la moelle et balaie les différentes dimensions de la sexualité. Le FSFI (Female sexual function index) et le SRQ (SCI relationship questionnaire) sont aussi très utilisés. Pour les femmes atteintes de SEP, les praticiens peuvent disposent du SEA-MS-F (Sexual expectations evaluation in women with multiple sclerosis), du MSISQ-19 (Multiple sclerosis intimacy and sexuality questionnaire) ou encore du SFQ28 (Female sexual function questionnaire). Un seul questionnaire en revanche existe pour les patientes atteintes d’une lésion cérébrale traumatique, le BISQ (Brain injury sexuality questionnaire).
Enfin, l’examen électrophysiologique permet d’évaluer une dénervation du plancher pelvien et des muscles périnéaux et repère des modifications de l’activité des muscles sphinctériens. En particulier, le testing du réflexe sacré est couramment utilisé comme évaluation objective de l’intégrité de l’arc réflexe S2-S4.
Au total, la discrétion des patientes sur le sujet est une incitation à inclure dans l’examen la recherche systématique d’un dysfonctionnement sexuel.

Dr Roseline Péluchon

Courtois F. et coll. : Assessment of sexual function in women with neurological disorders: A review. Ann Phys Rehabil Med 2017. pii: S1877-0657(17)30073-8. doi: 10.1016/j.rehab.2017.04.004.Publication avancée en ligne.