Carcinome hépatocellulaire : des disparités liées au genre

 Carcinome hépatocellulaire : des disparités liées au genre
841 000 cas de carcinome hépatocellulaire sont diagnostiqués chaque année. Quelles sont les relations entre les maladies hépatiques à composante métabolique et le risque de carcinome hépatocellulaire en fonction du sexe ?

A l’échelon mondial, le carcinome hépatocellulaire (CHC) représente la quatrième grande cause de mortalité et, chaque année, 841 000 cas de ce cancer redoutable sont diagnostiqués (cette estimation restant approximative). Aux Etats-Unis, l’incidence et la mortalité du CHC ne cessent d’augmenter, à la différence de celles de bien d’autres tumeurs malignes. Parallèlement (et paradoxalement en apparence) l’incidence de l’hépatite B a diminué sous l’effet de la vaccination, cependant que le traitement de l’hépatite C a fait des progrès considérables. A l’inverse, les maladies hépatiques d’origine métabolique, notamment l’entité anglosaxonne NAFLD/NASH (non-alcoholic fatty liver disease/steatohepatitis) progressent partout, au point de devenir un grand facteur de risque de CHC.

Il est par ailleurs un fait bien établi : c’est la prédominance masculine écrasante de cette tumeur hépatique maligne qui est trois plus fréquence chez les hommes, sous l’effet de facteurs mal identifiés. Les comportements, les processus métaboliques, les facteurs hormonaux, la biologie tumorale et les traitements reçus sont autant d’explications possibles. La prévalence du NAFLD/NASH varie largement en fonction de l’âge et du sexe, tout comme celle de l’obésité, du diabète de type 2 et in fine de la maladie cardiovasculaire.

Une étude rétrospective de plus de 1200 cas de CHC

Quelles sont les relations entre les maladies hépatiques à composante métabolique et le risque de CHC en fonction du sexe ? C’est à cette question que répond en partie  une étude de cohorte rétrospective dans laquelle ont été inclus 1206 patients atteints d’un CHC, dont 307 (25 %) de femmes. Les informations ont été recueillies à partir d’une base de données constituée de manière prospective.

Dans le groupe des femmes, l’âge était plus élevé, de même que la prévalence de la NAFLD/NAS et de l’HTA, les antécédents familiaux de CHC étant par ailleurs plus fréquents. Chez les hommes, c’est la consommation d’alcool et de tabac qui était au premier plan. Les femmes bénéficiaient plus souvent d’un dépistage du CHC et, de ce fait, au moment du diagnostic, la tumeur maligne était de plus petite taille, l’envahissement vasculaire étant par ailleurs moindre.

Quand les critères de Milan étaient réunis, schématiquement une tumeur de moins de 3 cm et moins de 3 tumeurs de moins de 3 cm, l’indication de la transplantation hépatique a été moins souvent retenue pour les femmes, sans explication claire. La durée médiane de la survie s’est avérée indépendante du sexe.

Une analyse multivariée a révélé que la NAFLD/NASH était une variable prédictive de la mortalité dans les deux sexes. Chez les hommes uniquement, cette analyse a montré que le tabagisme était prédictif de la mortalité, cependant que la transplantation hépatique, pour sa part, permettait de prédire les chances de survie.

Cette étude rétrospective suggère que les disparités liées au genre quant au risque de CHC reposent au moins en partie sur des facteurs comportementaux et biologiques, ce qui va dans le sens des hypothèses actuelles. Chez la femme âgée, il semble que la prévalence de la NAFLD/NASH soit plus élevée que chez l’homme, mais il est clair aussi que ce facteur de risque est négligé si l’on se réfère aux recommandations actuelles.  Cette étude indique la voie à suivre en recherche clinique pour optimiser le dépistage du CHC chez les sujets à haut risque en tenant compte des disparités liées au genre. La composante métabolique joue probablement un rôle crucial qu’il convient de clarifier à l’avenir, peut-être plus chez les femmes, ce qui reste néanmoins à confirmer.  

Dr Philippe Tellier

Wu EM et coll. Gender differences in hepatocellular cancer: disparities in nonalcoholic fatty liver disease/steatohepatitis and liver transplantation. Hepatoma Res. 2018 (doi: 10.20517/2394-5079.2018.87).

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