Caractéristiques et sévérité de l’aphasie post-AVC en fonction du genre

Caractéristiques et sévérité de l’aphasie post-AVC en fonction du genre

Un accident vasculaire cérébral (AVC) peut survenir dans les deux sexes, mais selon des mécanismes et des facteurs pathogéniques sous-jacents différents. Certaines études suggèrent que son pronostic fonctionnel est plus péjoratif dans le sexe féminin et cette remarque pourrait s’appliquer aux aphasies post-AVC qui seraient d’ailleurs plus fréquentes chez la femme. Cette hypothèse est cependant mal étayée, compte tenu de l’hétérogénéité clinique et de la latéralisation hémisphérique variable des centres du langage qui compliquent l’analyse. Si le langage s’organise principalement dans l’hémisphère gauche, il apparaît que, chez la femme, les deux hémisphères sont mis à contribution de manière équilibrée dans la rééducation du langage, plus ou moins selon les tâches phonologiques ou visuo-spatiales. Ces notions sont illustrées par un projet australien qui repose sur une base de données, en l’occurrence l’Aphasia-Bank, qui permet d’explorer l’influence du genre sur le type et la sévérité de l’aphasie. L’évaluation du trouble du langage s’est appuyée sur le WAB-AR (Western Aphasia Battery-Revised) et ses divers sous-tests. Les données de 294 patients aphasiques, répartis en deux groupes (hommes : n=172 ; femmes : n=122) ont été extraites et analysées. Dans tous les cas, l’aphasie était en rapport avec un AVC. La comparaison intergroupe a été réalisée au moyen de tests statistiques simples : (1) test t de student pour séries non appariées et test du Chi 2 de Pearson ; (2) analyses univariées et multivariées appliquées aux scores obtenus au WAB-R -AQ (Aphasia Quotient) et à ses sous-tests.

Les femmes moins touchées

À l’état basal, l’aphasie était plus sévère dans le sexe masculin, quel que soit l’outil utilisé. Les résultats globaux déterminés par le WAB-R-AQ ont été systématiquement plus faibles dans le sexe masculin, soit une valeur moyenne de 67,4 versus 75,6 dans le sexe féminin. Il en a été de même pour les sous-tests individuels explorant tout particulièrement les domaines suivants : étude du contenu en information, fluence, répétition, aptitude à finir les phrases, réactivité des réponses et tests de compréhension (oui/non, reconnaissance des mots entendus et commandes séquentielles)
Cette étude transversale va ainsi dans le sens des hypothèses couramment admises : l’aphasie succédant à un AVC semble bien être plus sévère chez les hommes, comme en témoigne son impact plus marqué sur la communication globale et les divers sous-tests inclus dans le WAB-R AQ. Certes, l’effectif étudié reste relativement modeste et l’outil utilisé a ses limites : dans ces conditions, d’autres études sont les bienvenues pour mieux cerner l’influence du genre sur le type et la sévérité de l’aphasie, mais aussi in fine sur son pronostic et sa prise en charge qui pourrait être conditionnée au moins en partie par ce facteur.

Dr Philippe Tellier

Sharma S et coll. Gender differences in aphasia outcomes: evidence from the AphasiaBank. Int J Lang Commun Disord 2019. Publication avancée en ligne le 30 juin. doi: 10.1111/1460-6984.12486

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