Cancer du sein : des taux de vitamine D abaissés après traitement

Cancer du sein : des taux de vitamine D abaissés après traitement

De nombreux gènes sont régulés par la forme active de la vitamine D, (1,25-dihydroxyvitamine D ou [25(OH)D]), au sein de tissus variés incluant l’os, le muscle, le cœur, le poumon, le rein et le système immunitaire. Le mécanisme d’action biologique passe par le récepteur de la vitamine D et c’est ainsi que sont régulées les concentrations sériques du calcium et la minéralisation osseuse. Cependant, plusieurs études ont attribué à cette vitamine bien d’autres fonctions en la présentant comme un facteur puissant capable d’inhiber les mécanismes de prolifération, de favoriser la différentiation cellulaire et de moduler le système immunitaire. Son rôle dans le cancer du sein est à la fois discuté et controversé depuis de nombreuses années, mais des arguments incitent à lui prêter la plus grande attention.

La B-ABBLE cohort Study

La B-ABBLE cohort Study est une étude prospective dans laquelle ont été incluses 691 patientes atteintes d’un cancer du sein, détecté à un stade précoce et positif aux récepteurs estrogéniques. Toutes les participantes étaient par ailleurs originaires de la région méditerranéenne. Les taux plasmatiques de 25(OH)D ont été mesurés dans les suites récentes de l’intervention oncologique et deux ans plus tard. Ils ont été comparés à ceux recueillis au sein d’une cohorte de 294 femmes ménopausées en bonne santé apparente, originaires de la même région. Les données ont été traitées au moyen d’une analyse par régression linéaire qui a pris en compte les facteurs de confusion potentiels suivants : âge, indice de masse corporelle et saison au cours de laquelle le dosage de la 25(OH)D a été effectué.
Dans les suites récentes de la chirurgie mammaire, il existait une carence en 25(OH)D (taux ≤10 ng/l) chez près d’une patiente sur quatre (23,7 %) versus, respectivement 17,7 % deux ans après et 1,4 % dans le groupe témoin. La plupart des patientes étaient en situation d’insuffisance en 25(OH)D ( taux compris entre 10 et 30 ng/ml) dans les deux groupes. Par rapport au groupe témoin, les taux plasmatiques de 25(OH)D étaient significativement plus bas chez les malades, avec des coefficients β ajustés de -4,84 (IC95 % : -6,56 à -3,12) en cas d’intervention récente et de -2,05 (IC : -4,96 à -0,14) à distance de celle-ci. Les niveaux les plus bas de 25(OH)D ont été observés en cas de chimiothérapie réalisée dans la foulée de l’intervention (p<0,001), la différence étant également significative (p<0,001) par rapport aux résultats constatés à long terme.
Au total, une réduction importante des taux plasmatiques de 25(OH)D semble être fréquente chez les femmes atteintes d’un cancer du sein, tout particulièrement dans les suites d’une chimiothérapie récente. A distance de cette dernière, la carence ou l’insuffisance en vitamine D se corrige partiellement, mais par rapport à une population témoin, les taux de 25(OH)D restent significativement inférieurs. L’intérêt d’une supplémentation vitaminique reste désormais à établir dans ce contexte.  

Dr Philippe Tellier

Pineda-Moncusí M et coll. Vitamin D levels in mediterranean breast cancer patients compared with those in healthy women. Maturitas 2018 ; 116 : 83-88.

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