Cancer du sein : comment réagissent psychologiquement les femmes ?

Cancer du sein : comment réagissent psychologiquement les femmes ?
Près d’une femme sur neuf sera atteinte d’un cancer du sein au cours de sa vie. Ces femmes nécessitent un soutien émotionnel adéquat afin de réduire le stress résultant de leur traitement et de la maladie. Comment identifier des profils et des besoins différents à long terme ?

Les femmes atteintes d’un cancer du sein doivent surmonter le stress du diagnostic, celui de l’acte chirurgical qui est malheureusement parfois mutilant, les effets secondaires de la radiothérapie, de l’hormonothérapie, et parfois aussi de la chimiothérapie sur des périodes plus ou moins longues, et enfin l’angoisse générée par le risque de récidive et de mort.
Une étude menée dans la province de León (Espagne) a eu pour objectif de savoir comment les femmes, chez qui avait été diagnostiqué et traité un cancer du sein, faisaient face à long terme à leur stress, et quels mécanismes de défense elles mettaient spontanément en place pour surmonter, plus ou moins bien, ces épreuves. Ces informations pourraient aider à identifier les aides spécifiques, qui ne seront pas toujours les mêmes selon les cas, et à mettre en œuvre un support psychologique adapté.
Au total 98 femmes, de l’association ALMOM (Asociacion Leonesa de Mujeres Operadas de cancer de Mama) ont répondu à un questionnaire, qui abordait quatre thèmes :
- les émotions qu’elles avaient ressenties vis-à-vis de leur pathologie ;
- les moyens psychologiques qu’elles avaient utilisés pour gérer leurs émotions ;
- la place de leur entourage proche (famille et amis) ;
- les réactions inadaptées qu’elles avaient eues vis-à-vis de leur pathologie.
L’âge moyen des participantes était de 53,1±8,1 ans. Plus de la moitié vivaient en couple et plus des trois-quarts avaient des enfants ; la moitié travaillait.
Le diagnostic du cancer datait en moyenne de 4,3±3,5 ans. Dans le groupe étudié, 85 % avaient eu un cancer de stade II, la plupart avaient subi une mastectomie simple ou élargie (93 %), une radiothérapie (73 %) et une chimiothérapie (96%).
Les femmes les plus âgées étaient celles chez qui le cancer avait provoqué le moins d’émotions négatives. Les sentiments négatifs étaient plus intenses chez les femmes en couple, chez celles qui avaient des enfants et aussi chez celles qui avaient eu une récidive.

Des femmes « positives », « inquiètes » ou « désespérées »

L’analyse a permis de caractériser trois groupes, selon des caractéristiques psychologiques et des besoins différents : le groupe des « femmes positives », le groupe des « femmes inquiètes », le groupe des « femmes désespérées ».

Les « femmes positives » sont capables de contrôler les émotions négatives provoquées par la maladie et de développer des stratégies d’adaptation afin de résoudre leurs problèmes, et de dépasser leurs difficultés personnelles et celles liées à leur entourage. Elles croient en leur guérison. L’absence de récidive et l’espacement des contrôles médicaux leur permettent de rester « à distance » du cancer. Dans ces cas, c’est parfois auprès de l’entourage qu’il peut être nécessaire d’apporter un soutien psychologique.


Les « femmes inquiètes » ne peuvent pas contrôler les émotions négatives provoquées par la maladie, mais elles en sont conscientes. Elles oscillent entre une réelle volonté de faire face et des épisodes de déni ou de fatalisme. Elles ne règlent que partiellement leurs difficultés personnelles et relationnelles. Pour elles, il serait nécessaire d’évaluer leur humeur et la perception qu’elles ont de la maladie pour les aider à surmonter leurs difficultés.

Les « femmes désespérées » sont caractérisées par leur statisme psychologique, leur incapacité à faire évoluer leurs émotions et leur inflexibilité. Elles sont accablées par leurs émotions négatives et sont incapables d’envisager comment elles pourraient faire face à leur maladie. Entre impuissance et désespoir, le poids de leur angoisse les empêche de surmonter leurs problèmes. Une intervention thérapeutique doit d’abord identifier toutes leurs réactions inadaptées puis leur apprendre à contrôler leur stress, et à mettre en place des « stratégies » d’adaptation pour changer leur façon d’envisager leur vie.
Pour conclure, chaque patiente atteinte d’un cancer du sein devrait, dès le diagnostic, bénéficier d’un support psychologique pour les aider à exprimer leur détresse psychologique et apprendre comment affronter les difficultés liées à leur pathologie.

Dr Catherine Vicariot.

Sanchez L et coll. Long-term treatment for emotional distress in women with breast cancer. Eur J Oncol Nurs 2019 ; 42 : 126-133.

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